« C'est une grande chose d'avoir, au sein même de l'Église catholique, la foi dans son intégrité »
-Saint Augustin

« L'ignorance est notre pire ennemi. »
-Saint Pie X

« La vérité vous rendra libre »
-Jean 8, 32

mardi 30 décembre 2014

Père Onésime Lacouture - 1-20 - Le péché

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DIX-HUITIÈME INSTRUCTION LE PÉCHÉ.

«Celui qui commet le péché est du diable.» 1 Jean, 3-8.

Plan Notion difficile (De notre fin dernière On connaît sa malice en fonction: (Des échantillons (De ses châtiment Revue de ses péchés personnels Adieu au péché!  

NOTION DIFFICILE Rien de plus commun au monde que le péché; cependant rien de moins connu!  Comme il offense Dieu invisible et si peu connu, les fidèles connaissent bien peu sa malice.  On voit tant de gens le commettre, en parler et même s’en vanter qu’on finit par le regarder comme une affaire toute ordinaire.  De plus, à cause de la difficulté d’y résister, on finit par en prendre son parti; l’un accuse la faiblesse de la nature, l’autre la force des passions et l’ensorcellement des créatures; bref, on se résigne en disant c’est la vie du monde!  Il n’y a rien à faire!  Et l’on continue de pécher!  Il y a beaucoup de vrai en cela!  Nos gens vivent tellement dans le naturel et de naturel que de fait ils ne sont pas capables d’éviter les péchés quand ils sont tentés.  Leur maison est bâtie sur le sable, elle ne peut pas résister aux torrents des passions!  Les prêtres les laissent dans le naturel dans leurs rapports avec toutes les choses permises et bonnes en soi, mais bonnes à rien pour les préserver des chutes dans les tentations inévitables pour tout chrétien.  Tant que les prêtres laissent les fidèles, les pécheurs dans le naturel des affections bonnes en soi et des motifs naturels qui jaillissent de là, toute leur prédication contre le péché est vaine.  C’est comme rebâtir la maison tombée sur le même sable; elle va s’écrouler encore à la prochaine tempête.

C’est inutile aussi de leur dire qu’ils se ravalent au rang des animaux; ils trouvent ces plaisirs aussi naturels que de manger et ils le sont de fait.  C’est aussi naturel de propager l’animal que de le nourrir.  La défense de Dieu ne change pas la tendance naturelle qu’il a mise lui-même dans l’homme et ces «naturels» vivent trop loin de Dieu pour être affectés par la défense faite par Dieu.  Nous n’arriverons jamais à préserver les hommes du péché en raisonnant avec eux sur le plan naturel.  Tous les prêtres devraient se rappeler que Jésus dit que notre victoire sur le monde viendra de la foi.  Allons donc chercher dans la foi nos arguments pour lutter contre le péché.  En effet, comme c’est Dieu qui est offensé, c’est lui qui peut mieux juger de la malice du péché.  Essayons donc de nous mettre à son point de vue pour la juger comme lui, en autant que nous le pouvons avec l’aide de la lumière divine.  Évidemment les pécheurs, tout aux choses du monde et de l’animal, resteront froids devant ces considérations de leur fin dernière dans ce monde surnaturel qui les attire si peu, mais tout de même, c’est selon le plan divin et ils ont des chances que le St Esprit les éclaire de sa lumière divine et touche leur coeur de contrition.  on connaît sa malice en fonction… 1.- De notre fin dernière ou destinée surnaturelle.  Quand on rencontre un homme écarté de son chemin, comment lui faire apprécier son écart, sinon en lui indiquant la direction de la ville où il voulait aller.  Eh bien!  n’est-ce pas le meilleur moyen aussi de montrer aux pécheurs leur écart en leur indiquant leur destinée surnaturelle qu’ils doivent atteindre?  C’est la tactique de St Ignace qui met le pécheur tout de suite dans le fondement en face de sa fin dernière et des moyens pour y arriver, afin qu’il comprenne mieux son extrême misère de s’en être éloigné.  Non seulement nous sommes destinés à aller voir Dieu au ciel, mais même à participer à la vie intime de la Trinité en proportion que nous reproduisons la vie de l’humanité de Jésus dans notre union avec J.C.  Dieu nous invite donc à son propre bonheur éternel.  C’est pour nous faire commencer cette vie tout de suite dans la foi et dans la grâce que la Trinité vient habiter en nous par la grâce sanctifiante.  En proportion que nous en aurons de cette vie divine à l’heure de la mort, nous en aurons au ciel dans la gloire de la vision béatifique.  Pour intéresser les pécheurs qui peuvent rester froids devant cette fin trop sublime pour eux, qu’ils se servent justement des plaisirs sensibles qu’ils aiment tant actuellement pour monter jusque-là.  Précisément parce qu’ils apprécient tant ces plaisirs, qu’ils réfléchissent un peu que ces plaisirs ne sont que de bien faibles échantillons des plaisirs célestes.  Puisqu’ils les aiment tant qu’ils s’arrangent donc pour en avoir éternellement.  Or il n’y a qu’au ciel qu’ils pourront en avoir et d’incomparablement plus parfaits que ceux de la terre.  Dès qu’ils lèveront les yeux tant soit peu vers le ciel, ils sont sûrs de recevoir quelque grâce pour les attirer à ce bonheur céleste et donc de les détacher des plaisirs terrestres.  Les Apôtres mettaient cette fin dernière constamment devant les yeux des fidèles afin de les obliger à vivre selon les exigences de cette vie divine qui doit être la nôtre un jour.  Dans sa première épître St Pierre nous met en face de notre sublime destinée pour nous obliger à vivre en conséquence.  «Béni soit le Père de N.S.J.C., qui selon sa grande miséricorde nous a régénérés en une vive espérance, par la résurrection de J.C.  d’entre les morts.  Pour un héritage incorruptible, pur, immortel qui vous est réservé dans les cieux.» Puis il insiste sur la nécessité de commencer tout de suite.  «Mais comme celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute la conduite de votre vie, selon qu’il est écrit: vous serez saints parce que je suis saint.»

1 Jean, 5-9: «Celui qui est né de Dieu ne commet pas le péché, car la semence de Dieu est en lui et il ne peut pécher.» Évidemment dans le sens qu’il ne doit jamais pécher.  Son idée est: comment un enfant de Dieu peut-il offenser son Père céleste?  Si ce chrétien était convaincu de la sublimité de son état d’être participant de la nature divine, il aimerait tellement son Père qu’il ne l’offenserait plus jamais.  Et Jean insiste souvent sur l’amour que nous devons à Dieu parce qu’il nous appelle à sa propre vie divine au ciel.  C’est qu’alors le St Esprit peut agir puissamment dans les âmes qui s’élèvent par la pensée au moins jusqu’à cette destinée sublime.  St Paul aussi met souvent les fidèles en face de leur sublime fin surnaturelle.  Il commence son épître aux Éphésiens comme St Pierre: «Béni soit le Dieu et Père de N.S.J.C., qui nous a comblés en J.C.  de toutes sortes de bénédictions spirituelles et de biens célestes.  De même qu’en lui, il nous a choisis avant la création du monde afin que nous fussions saints et sans tache en sa présence par la charité et qui nous a prédestinés à l’adoption de ses enfants par J.C.  en union avec lui, selon le dessein de sa volonté… qu’il éclaire les yeux de votre coeur, afin que vous sachiez quelle est l’espérance à laquelle il vous a appelés, quelles sont les richesses et la gloire de l’héritage qu’il destine aux saints.»

Voilà où les Apôtres allaient chercher leurs arguments pour exhorter les fidèles à vivre saintement comme des enfants de Dieu qu’ils sont réellement.  C’est autrement efficace que d’aller en chercher en enfer ou dans le péché ou dans la vie animale.  C’est de là que nous viennent toutes les grâces, c’est le milieu où le St Esprit agit.  C’est là le monde de la foi qui va nous donner la victoire sur le monde.  Plus on remplira l’esprit des fidèles de la sublimité de leur destinée surnaturelle et moins ils pècheront.  N’est-ce pas que plus un homme admire sa femme, moins il est exposé à en chercher d’autres?  Eh bien!  plus nos fidèles seront remplis des grandeurs du bonheur qui les attend au ciel et moins ils seront attirés par les échantillons et moins ils pécheront.  Les Pères de l’Église ont imité les Apôtres dans ce genre de prédication; ils sont allés surtout dans la fin dernière des chrétiens pour leur fournir des arguments de vivre saintement, et donc d’éviter les péchés.  Il est grand temps que les prêtres reviennent à ces idées pour sanctifier les fidèles.  2.- Des échantillons.  Car c’est par leur attrait qu’on pèche contre Dieu; c’est donc en exploitant ces attraits que nous comprendrons mieux l’offense que l’on fait à Dieu en s’attachant à des échantillons.  Nous allons utiliser cette idée que les échantillons sont la monnaie pour acheter Dieu.  Plus on sacrifie pour acheter Dieu et plus on aura de peine de le perdre.  Quand on perd un objet, n’est-ce pas que la peine est en proportion du prix qu’on a payé cet objet?  On comprend que seuls les bons chrétiens mortifiés et renoncés sont en mesure de mesurer la grandeur d’une offense mortelle contre Dieu.  Comment les mondains qui n’ont jamais rien payé pour

Dieu peuvent-ils être vraiment peinés quand ils perdent Dieu par un péché mortel?  Tandis que ceux qui ont sacrifié beaucoup de plaisirs pour posséder Dieu sont navrés de l’avoir perdu sottement pour un simple plaisir passager.  En Alaska un jour, un mineur voit un jeune Esquimau jouer avec une pépite d’or valant plusieurs dollars.  Il offre 25 cts à l’enfant qui est content de la vendre pour ce prix.  Il l’appéciait en fonction de ces sous avec lesquels il avait déjà acheté des bonbons.  Les pécheurs sont aussi gogos et ignorants que cet Esquimau; ils vendent Dieu, la source infinie de tous les biens, pour quelques échantillons qui ne valent que quelques sous, en comparaison de Dieu.  C’est qu’ils n’ont jamais goûté le plaisir divin de sacrifier un plaisir terrestre pour l’amour de Dieu.  Aussi après leur péché mortel, on les voit s’amuser comme avant, dormir sur leurs deux oreilles, en paix, comme si rien n’était!!!  Comme celui qui perdrait un paletot de $500.00 repasserait dans son esprit tous ces billets de banque qu’il a donnés pour l’acheter et qu’il en aurait une grande peine, ainsi celui qui perd Dieu par un péché mortel repasse dans son esprit tous les sacrifices qu’il a déjà faits pour gagner Dieu et il en conçoit une grande peine, et il comprend mieux la malice du péché qui le prive de Dieu pour l’éternité s’il meurt dans cet état.  Plusieurs chrétiens disent qu’ils estiment Dieu dans leur esprit et qu’ils le veulent un jour au ciel.  Mais tant qu’ils ne feront pas de sacrifices pour l’amour de lui, ils agissent comme cet homme qui voit un beau paletot dans une vitrine, qui l’estime et qui voudrait bien l’avoir, mais qui ne veut pas donner un dollar pour l’avoir.  Son estime est absolument vaine.  Nous aurons dans le ciel ce que nous aurons acheté aux dépens des plaisirs terrestres que nous sacrifions pour l’amour de Dieu.  Qui pense sérieusement aux belles et bonnes choses qu’il n’a pas l’intention d’acheter?  Eh bien!  pour penser sérieusement à Dieu, il faut vouloir sérieusement l’acheter en le payant par des sacrifices des plaisirs des échantillons.  C’est dans la peine du sacrifice que l’esprit et le coeur se portent sur Dieu d’une façon concrète et pratique.  Autrement la pensée de Dieu est superficielle et vaine, Par exemple, c’est quand un fumeur a tout ce qu’il faut pour fumer et qu’il en fait un sacrifice pour l’amour de Dieu qu’il pensera sérieusement au plaisir correspondant au ciel.  Plus il s’en prive et plus la passion se fait sentir.  Dieu la laisse précisément pour lui donner une plus grande estime du plaisir correspondant au ciel.  Qu’il se dise: si j’enrage tant pour un plaisir si insignifiant et si passager, que doit être le plaisir que je récolterai au ciel!  Plus il pourra dire à Dieu: vous voyez comme il faut vous aimer pour vous payer si cher!  C’est en gardant sa faim pour le plaisir qu’on peut l’apprécier.  Ceux qui se contentent avec les plaisirs des échantillons ne peuvent pas désirer sérieusement les plaisirs du ciel.  Quand on est rassasié de mets grossiers, on est rassasié quand même et l’on ne désire pas de meilleures viandes.  Ainsi ceux qui sont rassasiés des plaisirs des échantillons n’ont pas faim pour ceux du ciel, comme l’expérience le prouve.  C’est quand une mère de famille trouve pénible d’élever plusieurs enfants et donc qu’elle sacrifie une belle vie douce sur terre, qu’elle pensera à cette vie douce du ciel pendant toute l’éternité, qu’elle récoltera un jour pour avoir semé celle de la terre.  Ces femmes ne voudraient pas pour tout l’or du monde commettre un péché mortel.  Car le ciel leur coûte si cher qu’elles ne voudraient pas le perdre.  Voilà des chrétiennes capables de mesurer un peu la malice du péché mortel.  C’est donc le même chemin pour arriver à connaître Dieu et à connaltre la malice du péché.

Plus on connaît la bonté, la beauté et la majesté de Dieu et plus on connalît la malice du péché qui offense un tel être.  Or, nous n’avons que la doctrine des échantillons pour arriver à connaître Dieu.  Plus donc les prêtres la donneront au peuple et moins les fidèles pècheront; parce qu’ils auront une très grande idée de Dieu par la comparaison avec les échantillons que nous estimons tant au point de vue naturel.  Par nature, toute notre estime va là, donc c’est cette estime qu’il faut semer pour récolter l’estime des perfections de Dieu.  Tous devraient savoir que les plaisirs terrestres sont comme autant d’échelons pour monter à Dieu.  Or, il faut mettre le pied sur l’échelon pour monter dans l’échelle; Eh bien!  mettons les pieds sur les plaisirs terrestres, rejetons-les afin de ne vivre que pour ceux du ciel auxquels Dieu nous destine dans son infinie bonté.  Tout cela est vrai non seulement pour les échantillons défendus, mais pour les permis aussi.  Ils ne sont que des échelons pour aller à Dieu.  3.- On connaît la malice du péché en fonction de ses châtiments déjà infligés par Dieu aux pécheurs.  Jusqu’ici nous avons suivi le procédé intellectuel pour nous faire une grande idée de la malice du péché.  Maintenant nous allons prendre un autre moyen: nous allons nous arrêter aux effets des péchés dans trois différents groupes de personnes punies par Dieu pour leurs péchés.  Nous aurons une idée de ce que Dieu pense du péché, et cela nous aidera à nous mieux faire comprendre sa malice.  Quand même les péchés des autres ne nous touchent guère, leurs châtiments devraient nous ouvrir les yeux sur la grandeur de nos propres péchés que Dieu peut bien punir de la même façon.  le péché des anges.  Ces esprits purs étaient immortels, intelligents et doués de volonté.  Dieu leur avait donné la grâce sanctifiante en les créant parce qu’aucun être ne peut la mériter quand il ne l’a pas.  C’est comme si Dieu leur disait: Vous êtes divins, vous avez une participation créée de ma nature, agissez comme moi afin de venir participer à ma vie trinitaire au ciel.  Là ils agiront avec la sagesse divine et selon la volonté divine.  Eh bien!  Dieu veut qu’ils commencent à le faire tout de suite pour se montrer dignes du ciel.  Il leur demande donc quelque chose qui répugne un peu à leur nature angélique, peu importe ce que c’était pour le moment.  St Michel avec ses anges renoncèrent à leurs facultés spirituelles, les semèrent pour agir uniquement selon la sagesse divine.  Ils étaient mûrs pour aller continuer cette vie au sein de la Trinité.

Mais Lucifer avec ses anges ne voulurent pas se renoncer ni obéir à Dieu.  Après tout, ils n’ont fait que suivre leur bon sens angélique au lieu de suivre la sagesse divine… comme tant de chrétiens font de nos jours.  Comme tout le monde trouve naturel de suivre les goûts de la nature!  Même quand Dieu leur demande le contraire.  C’est tout ce qu’a fait Lucifer.  Comment Dieu jugea-t-il cette désobéissance?  Dieu créa l’enfer: cet abîme de feu qui peut brûler des esprits aussi bien que des corps.  C’est J.C.  lui-même qui nous l’a dit que l’enfer a été créé pour les anges d’abord.  Des millions d’anges brûleront éternellement dans ce feu qui les torturera sans jamais les consumer.  Allons en esprit sur le bord de cet océan de flammes allumées par la colère divine.  Notre feu est un effet de la bonté de Dieu, que doit être celui qui est l’effet de sa colère infinie?  Regardons ces anges transformés en démons et se lamentant dans des tortures atroces et se débattant de désespoir dans cet océan de flammes inextinguibles.  Comparons leur affreux sort au bonheur ineffable des bons anges dans la vision béatifique du ciel.  Bonheur suprême et éternel d’un côté et de l’autre tourments épouvantables dans un feu éternel!  Quelle est donc la cause d’un tel écart entre ces deux groupes d’anges?  Un seul péché mortel!  Une seule désobéissance à Dieu!  C’est un fait historique, un fait corroboré par le témoignage de J.C.  lui-même en parlant de la sentence qu’il portera contre les méchants: «Allez, maudits, au feu éternel qui a été préparé pour Satan et ses anges!» Et ils iront au feu éternel!  Peu importe que ces considérations nous laissent insensibles; il faut au moins convaincre l’esprit de cette vérité épouvantable et ensuite par la prière obtenir de Dieu qu’il daigne toucher notre coeur de sa grâce pour que nous pleurions au moins spirituellement tous nos péchés qui nous ont déjà peut-être mérité ce terrible châtiment!

le péché de nos premiers parents nous montre un

châtiment que les hommes ont bien de la peine à comprendre tant il dépasse toute compréhension humaine.  Repassons les principales circonstances.  Adam et Ève ont reçu la grâce sanctifiante dans leur création pour la même raison que les anges; ne l’ayant pas, ils n’auraient pas pu la mériter.  Ils étaient donc destinés à la vision béatifique comme les anges.  Pour la leur faire mériter, Dieu leur demande une épreuve pourtant bien simple et bien insignifiante: ne pas manger d’un tel fruit quand il y en avait tant d’autres dans le paradis terrestre.  Tous les deux ont désobéi et ont commis leur péché mortel.  Du coup ils méritent le même châtiment que les anges.  Tout ce que nous avons dit des anges s’applique donc à eux aussi.  Mais cependant Dieu agit différemment avec les hommes: il ne les précipite pas tout de suite en enfer parce que le Verbe incarné va prendre sur lui la plus grande partie du châtiment, et nos premiers parents vont avoir la chance d’expier leur faute en union avec le sacrifice de Jésus sur la croix.  Mais examinons le châtiment qui tombe sur J.C.  au lieu de tomber sur les hommes.  Comment notre esprit peut-il comprendre ces souffrances endurées par un Homme-Dieu?  C’est une seule personne qui souffre et elle est Dieu dans toute la force du mot et elle est homme aussi véritablement.  La justice divine fait donc retomber le châtiment du péché d’Adam sur Dieu même pour ainsi dire.  Comme il y a eu un côté infini dans l’offense, il y a donc aussi un côté infini dans le châtiment.  En tous cas il dépasse les forces de l’esprit humain comme les tourments de l’enfer pour les anges les dépassent aussi.  Pourquoi la passion et la mort du Sauveur?  C’est pour expier une seule désobéissance d’Adam et d’Ève!  Cet abîme de souffrance donne un peu l’idée de ce que Dieu pense d’une seule désobéissance d’un homme envers lui.  Puisque c’est Dieu qui va réparer ce péché, c’est donc qu’un homme ne pouvait le faire ni tous les hommes ensemble.  Que chacun s’arrête à ces deux châtiments: l’enfer d’un côté et la passion et la mort de l’Homme-Dieu de l’autre.  Voilà deux faits historiques qui prouvent ce que Dieu pense du péché mortel qui n’a duré qu’une seconde dans le consentement de la volonté… et quels affreux tourments de la part de Dieu qui a été offensé!  Il est évident que seule la grâce divine peut éclairer l’esprit et le coeur sur de pareilles vérités.  Demandons-la avec toute la ferveur possible et persévérons dans cette demande jusqu’à ce que nous soyons tellement pénétrés par ces deux châtiments que nous souffrions n’importe quelle privation plutôt que de pécher contre Dieu.  Implorons l’intercession de la Ste Vierge dans une affaire de cette importance.  et nous.  C’est l’enseignement de l’Église que celui qui meurt en état de péché mortel est condamné à l’enfer avec les mauvais anges.  Quelque saint qu’on puisse être et quelque grands que soient nos mérites déjà acquis, un seul péché mortel suffit pour nous précipiter en enfer pour l’éternité.  Une seule désobéissance en matière grave produit donc pour n’importe lequel d’entre nous ce qu’elle a produit chez les anges et chez nos premiers parents… et même les deux à la fois: nous méritons l’enfer et nous crucifions J.C.!  Ce devrait être assez pour nous convaincre de la grandeur de la malice du péché mortel et pour nous déterminer à ne plus jamais le commettre.  Plutôt souffrir n’importe quelle tentation!  Si toutes ces considérations restent dans la tête seulement, elles ne produiront aucun bon résultat.  Il faut prendre le temps voulu et essayer de descendre au fond de son coeur pour y rencontrer Dieu s’il y habite!  Si on a un peu d’amour pour lui!… Je serais fort peiné dans mon coeur si j’avais frappé ma mère par mégarde, tandis que je ne le serais pas ou bien peu si c’était une étrangère que j’avais ainsi frappée.  Voilà pourquoi ceux qui ont des attaches sont pratiquement incapables de regretter sérieusement leurs fautes mortelles, parce que cet amour naturel empêche l’amour surnaturel de Dieu de s’établir dans le coeur.  Dieu qui est offensé n’est pas leur amour; comment seraient-ils peinés?  Sans doute nos philosophes avec leur «strictement parlant» en trouveraient peut-être, mais Dieu ne se soucie guère de cet amour de tête seulement.  revue de nos péchés personnels

Personne ne peut la faire pour un autre; elle est déjà assez difficile pour soi-même!  Ce n’est qu’en proportion qu’on a de l’amour véritable pour Dieu que cette revue peut toucher le coeur.  Tout de même, il est bon de la faire sérieusement.  Cet effort peut attirer quelque grâce de Dieu pour mieux regretter ses péchés.  Il est bon qu’un homme d’affaire repasse ses dettes pour se faire une idée de tout ce qu’il doit à ses créanciers.  Eh bien!  il est encore plus nécessaire pour un chrétien de repasser ses dettes envers Dieu pour commencer tout de suite à les payer d’une façon ou d’une autre, par la pénitence, le repentir ou la mortification .  Savoir que Dieu va exiger le paiement de ces dettes jusqu’au dernier sou, dans les flammes du purgatoire ou en enfer devrait réveiller tout chrétien et l’exciter à bien faire cette revue.  Qu’il repasse dans le détail tous ses péchés, en nombre, en gravité et en malice.  Qu’il s’arrête à son ingratitude envers Dieu qui lui a fait tant de grâces pour l’avoir avec lui au ciel.  Qu’il songe à ce que Jésus a souffert pour lui dans sa passion… et qu’il souffrira lui-même s’il n’a pas expié ses fautes.  Tous ses péchés ont blessé les perfections divines; comment le pécheur peut-il espérer aller faire son bonheur avec Dieu qu’il a outragé?  Le pécheur se moque de la bonté divine qu’il méprise pour son échantillon terrestre.  Il attaque la majesté de Dieu puisqu’il pèche en présence de Dieu et ne s’en occupe pas.  Au lieu de reconnaissance pour les bienfaits divins, il est absolument ingrat envers Dieu, se servant de ses dons pour l’offenser au lieu de le glorifier.  Il refuse de se soumettre au souverain domaine divin en préférant sa propre volonté à la volonté divine.  Mais toutes ces considérations n’ont pratiquement aucune influence sur un coeur vide d’amour de Dieu, et donc attaché encore aux plaisirs du monde.  Tout de même il est bon de les faire quand ce ne serait que pour comprendre le vide épouvantable de notre coeur envers les choses divines.  Car l’esprit voit bien qu’elles sont très vraies même quand le coeur reste indifférent.  Au moins on peut mieux comprendre qu’on n’a aucun amour sérieux de Dieu et cela devrait nous remplir d’effroi pour notre avenir céleste.  Rester insensible devant toutes les injures qu’on a faites à Dieu montre à l’évidence qu’on n’a aucun amour de Dieu, même si selon les philosophes, il n’est pas besoin de verser des larmes pour être contrit.  Enfin, il faut toujours bien que la peine soit quelque part dans l’homme ailleurs que dans la tête.  adieu au péché Même si le coeur reste froid devant toutes ces considérations sur le péché, l’esprit au moins doit agir énergiquement sur la volonté pour lui faire prendre une détermination absolue de ne plus jamais pécher?  Eh bien!  nous l’avons dit souvent, le plan divin exige que nous commencions tout de suite sur terre la même vie dans la même mentalité qu’au ciel.  La grâce de Dieu nous est donnée normalement dans la mesure que nous la voulons et selon nos dispositions intérieures.  Cette détermination énergique évidemment n’est pas la grâce; il faudra beaucoup prier pour l’avoir.  Mais enfin quand Dieu trouve dans l’âme cette détermination il agit puissamment dans l’âme.  N’allons pas nous arrêter à l’exécution qui ne répond pas toujours à l’intention, mais travaillons sur la partie qui dépend de nous et Dieu fera sa part ensuite en admettant sa grâce dans notre part évidemment.  Les Apôtres insistaient énormément sur cette idée de l’incompatibilité de la vie divine en nous avec le péché.  Ils le prêchaient tellement que les catéchumènes allaient jusqu’à différer leur baptême pour jouir de la vie, sachant qu’une fois baptisé ils ne pourraient plus jamais faire ces choses.  C’est ce qui explique le peu de détail qu’on a sur la confession de ces temps-là.  Les chrétiens ne péchaient plus et donc ne se confessaient pas ou très rarement.  Voyons quelques passages des Epîtres qui enseignent cette doctrine avec grande force.

Rom.  6-3: «Ne savez-vous pas que nous tous qui avons été baptisés en J.C., c’est en sa mort que nous avons été baptisés?  Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous aussi nous marchions dans une vie nouvelle.  Si en effet, nous avons été greffés sur lui, par la ressemblance de sa mort, nous le serons aussi par celle de sa résurrection; sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus les esclaves du péché; car celui qui est mort est affranchi du péché.  Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons avec lui sachant que le Christ ressuscité ne meurt plus; la mort n’a plus d’empire sur lui, car sa mort fut une mort au peché une fois pour toutes et sa vie une vie pour dieu.  Ainsi vous-mêmes regardez-vous comme morts au péché, et comme vivants en J.C.».  St Paul n’avait pas peur d’être extrêmement exigeant pour les premiers chrétiens; ils ne devaient pas plus pécher qu’un mort.  Il veut qu’ils vivent la vie divine de J.C., absolument exempte de tout péché.  Donc ne pas plus pécher qu’un mort.  Ne pas plus pécher que J.C.  Peut-on être plus absolu?  Cela doit être ainsi.  Les Apôtres étaient logiques avec les exigences de notre destinée surnaturelle au ciel.  Pourquoi nos prêtres ne prêchent-ils plus cette doctrine si forte et si efficace pour préserver les fidèles de tout péché?  C’est une sottise d’un grand nombre de prêtres de penser plus à l’exécution qu’à l’intention.  Parce que beaucoup ne pourront pas pratiquer cette grande pureté de coeur, on dirait qu’ils les excusent.  Ils prennent cette faiblesse de la nature humaine comme matière de prédication.  C’est insensé!  Dans l’ordre de l’intention on exige absolument tout.  L’exécution n’est pas de nos affaires, que les fidèles y voient.  Pour être mort au péché, il faut d’abord mourir aux causes du péché en nous, qui sont nos convoitises naturelles avec leurs motifs naturels qu’elles nous fournissent, et cela se trouve dans les choses permises comme dans les défendues.  Par conséquent il faut se mortifier constamment et se renoncer de même pour mourir non seulement aux choses de ce monde, mais à soi-rnême surtout, à sa personnalité morale que l’on doit commencer à connaître.

St Paul revient souvent sur cette idée fondamentale de notre religion: que nous devons mourir au monde, à nousmêmes et au péché.  Eh bien!  quand on dit qu’un homme est mort, c’est quand les choses de ce monde n’ont plus d’influence sur lui.  Quand tous ses sens sont fermés aux choses sensibles, que ses facultés n’agissent plus; Eh bien!  notre destinée surnaturelle exige que nous soyons morts moralement à tout ce monde en autant que notre condition humaine le permet.  L’humanité de Jésus était pratiquement morte pour les plaisirs du monde; rien de créé ne l’intéressait si ce n’est qu’en rapport avec le salut et la gloire de Dieu, Eh bien!  Voilà ce que St Paul veut que nous fassions comme chrétiens.  Quel dommage que les prêtres ne soient pas plus imbus de cette doctrine céleste avec ses impérieuses exigences pour la sainteté de la vie des chrétiens.  Leur idéal ne semble vouloir faire que des honnêtes gens alors qu’ils devraient vouloir faire des saints morts à ce monde et ne vivant plus que pour le ciel en Dieu.  Ils n’attaquent que les péchés quand ils devraient attaquer tout l’humain libre qui reste dans tout homme même une fois baptisé.  Donc ils devraient attaquer toutes les affections naturelles même bonnes en soi et pour les choses permises: cela est bon humainement, mais n’est pas divin.  Or tout, absolument tout doit être divin dans nos chrétiens comme dans les élus au ciel; c’est la condition pour arriver au ciel!  1 Jn.  3-2: «Mes bien-aimés, nous sommes dès maintenant les enfants de Dieu, mais ce que nous serons un jour ne paralt pas encore.  Nous savons que lorsqu’il se montrera nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.  Et quiconque a cette espérance en lui se sanctifie comme lui-même est saint.  Quiconque commet le péché, commet l’iniquité.  Vous savez qu’il est apparu pour ôter nos péchés et le péché n’est point en lui.  Quiconque demeure en lui ne pèche pas et quiconque pèche ne l’a point vu et ne l’a point connu.  Mes petits enfants, que personne ne vous séduise.  Celui qui fait les oeuvres de justice, c’est celui-là qui est juste.  Celui qui commet le péché est enfant du démon, parce que le démon pèche dès le commencement.  Or c’est pour cela que le Fils de Dieu est apparu, pour détruire les oeuvres du démon.  quiconque est né de dieu ne commet pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui, et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu.  C’est en cela qu’on connaît les enfants de Dieu et les enfants du démon.»

St Jean insiste sur le fait que nous sommes divinisés; étant les enfants de Dieu, ne péchons pas plus qu’au ciel!  Nous sommes déjà là par la foi et la grâce, donc par toute notre vie surnaturelle.  «Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel» nous enseigne à prier chaque jour N.S.; c’est donc qu’il veut que nous vivions réellement comme au ciel par la pureté et l’amour du coeur.  Nous trouvons cette doctrine de l’extrême pureté de vie de tout chrétien prêchée par les autres Apôtres.  Ils veulent que nous soyons saints comme Dieu est saint dans toute la conduite de notre vie.  C’est à force de mettre devant les yeux des fidèles ces exigences extrêmes de notre destinée à la vision béatifique que nous préserverons les fidèles de tout péché et que nous obtiendrons un changement de vie radical chez les pécheurs.  Cette vue de la sublime destinée d’enfants de Dieu est autrement efficace pour attirer les pécheurs que la vue de l’enfer.  La différence est aussi grande qu’entre la crainte et l’amour pour mener les coeurs.  Évidemment il faut parfois parler de l’enfer et de ses tourments éternels, mais il vaut bien mieux parler surtout de ce que nous sommes par la grâce de Dieu.  Nous l’avons expérimenté souvent dans nos missions au peuple et dans nos retraites aux prêtres.  Toutes nos instructions étaient orientées pour les porter du côté de Dieu et les résultats ont été très consolants.  En tout cas, il est certain que c’était la façon de prêcher des Apôtres et ils attachaient les chrétiens à J.C.  pour toujours et avec un amour capable de les conduire au martyre.  Or de nos jours les prêtres ne parlent guère des exigences de cette sublime destinée.  Aussi quel fléchissement dans la foi et les coeurs comme conséquence!  Toute leur morale consiste à dire que telle chose est péché mortel, telle autre est permise… et, prenez-en tant que vous voudrez, il n’y a pas de mal à cela.  Tout ce qu’on entend est ceci: c’est péché; ce n’est pas péché!  C’est défendu!  C’est permis!  Comme si Dieu n’était qu’un être sans péché!  Donc tout bon païen vaut Dieu!  Un païen qui ne pèche pas: voilà tout l’idéal que les prêtres donnent aux fidèles!  Est-ce que le surnaturel, c’est tout ce qui n’est pas péché?  Est-ce que le ciel, c’est tout ce qui n’est pas l’enfer?  Les limbes, ce n’est pas l’enfer: alors c’est le ciel?  Un bon païen sans péché, est-ce que c’est Dieu?  Vivre en bon garçon, est-ce vivre en enfant de Dieu?  On voit l’immense tort que font les philosophes à la religion.  Tout ce qu’ils peuvent concevoir n’est que du pur naturel; ils en sont satisfaits!  Du moment qu’un homme ne commet pas de péché mortel, c’est un enfant de Dieu digne du ciel, même si sa mentalité est toute de la terre même si son coeur est tout aux choses du monde.  Est-ce surprenant que nos fidèles soient si lâches dans le service de Dieu?  Jamais on n’a exigé d’eux une vie toute divine dans toute la conduite de leur vie comme les Apôtres.

lundi 29 décembre 2014

Syllabus 8 décembre 1864 - 150 ans

Pie IX a lancé, comme un éclair, le Syllabus, c’est-à-dire le catalogue des erreurs modernes, avec leur condamnation : publication doctrinale qui a exaspère les hommes de ténèbres. Un jour que l'illustre cardinal de Fribourg et de Genève, Mgr Mermillod, prosterne aux pieds du saint et intrépide vieillard, lui demandait avec une douce familiarité : Très Saint Père comment Votre Sainteté a-t-elle eu le hardi courage de lancer le Syllabus dans la société moderne? Pie IX lui répondit : Mon fils, j’ai voulu trancher les camps. 

Depuis lors, en effet, les camps ont commencé à se trancher. Devant la précision doctrinale du Syllabus, tout homme a été contraint de se définir. Nulle intelligence n’a plus osé tirer profit de la confusion, se tenir entre la vérité et l’erreur, et rester neutre. Les événements, en même temps, ont aidé puissamment à ce travail de séparation. Les événements, qui sont les anges de Dieu, ont acquis une logique et une promptitude irrésistibles pour forcer les hommes à se ranger vers la droite ou vers la gauche; les centres s’effacent, campement des timides, centre droit ou centre gauche; c’est comme un acheminement au jugement dernier où il n’y aura plus de centres, mais uniquement ces deux côtés avec leur séparation éternelle : la droite et la gauche.

Cette situation est déjà un triomphe. Dès là, en effet, que les centres disparaissent, la confusion n’est plus aussi facile; le bien a son côté, le mal a le sien, et le mal y perd, car la confusion sert ses perfidies. De plus, la solidité des convictions et l’éclat des vertus gagnent à la démarcation : n’étant plus exposés à des compromis, les hommes de bien se montrent catholiques résolus, catholiques de roche, catholiques de la tête aux pieds. Le reproche d ressembler à la statue d’or aux pieds d’argile n’est plus à leur adresse, ils sont la statue d’or d’une seule coulée, solide sur sa base de diamant, qui est l’obéissance à la Papauté.

Honneur à Pie IX d’avoir, par son précis et vigoureux catalogue, notifié aux ténèbres : Refoulez-vous à gauche!

La religion de combat - Abbé Joseph Lémann p.25-27

Pie IX - Syllabus:
http://ledoctrinaire.blogspot.com/2014/01/pie-ix-syllabus.html
 
 

mercredi 24 décembre 2014

Joyeux Noël

Joyeux Noël à tous!
 
 

Père Onésime Lacouture - 1-19 - Les échantillons défendus

 
DIX-SEPTIÈME INSTRUCTION

LES ÉCHANTILLONS DÉFENDUS.

«Tu peux manger de tous les arbres du paradis; mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal; car le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement.» Gen. 3-16. 

Plan Raisons des défenses. Ne vouloir qu’éviter le péché est une mauvaise règle. 1.- Elle contient un sophisme. 2.- Elle montre trop peu d’amour de Dieu. 3.- Elle est impraticable dans le concret. 4.- Elle est condamnée par N-S.   

RAISONS DES DÉFENSES Si l’histoire du genre humain dans la Bible commence par le récit du fruit défendu et par la chute de l’homme, il ne faut pas en conclure que nos premiers parents n’avaient pas d’autres devoirs à remplir envers Dieu pour arriver au ciel. Quand un roi défend au prince, son fils, de marier une femme du peuple, ce prince est tenu quand même à tous ses devoirs ordinaires envers le roi; il obéira à son roi en proportion qu’il accomplit bien ses autres devoirs; c’est là surtout qu’il montre son amour normalement. Mais comme la défense tombe ordinairement sur des choses aimées naturellement, l’obéissance va exiger un grand sacrifice qui montre la grandeur de l’amour dans la même proportion. Dieu défendit à nos premiers parents de manger tel fruit pour leur donner une chance de montrer leur amour de préférence pour Dieu sur une simple créature. Ils devaient déjà avoir cet amour avant de l’exercer dans la défense. Dieu a donné le premier commandement avant ceux qui contiennent des défenses. L’amour doit donc exister avant qu’on le montre en gardant la défense. Les défenses sont pour mieux faire pratiquer le premier commandement. Nous pouvons aussi les expliquer en fonction des quatre grands principes de notre plan de retraite que nous suivons ici. 

1.- Le surnaturel ou notre transfotrmation en divin. Puisque Dieu prend la peine de nous élever au rang divin dans le surnaturel, il tient à ce que nous agissions en enfants de Dieu que nous sommes réellement, dans l’ordre surnaturel. S’il nous laissait moralement libres de faire à notre guise, nous continuerions d’agir en païens et il ne verrait pas si nous apprécions vraiment son grand don divin de la grâce sanctifiante. C’est pourquoi il faut qu’il nous demande des choses qui contrarient notre nature et donc qu’il les impose avec menace sans quoi nous n’obéirions pas. Exemple: supposons que je puisse élever mon chien au rang humain en lui donnant une âme raisonnable, il est évident que je devrais l’obliger à faire des choses qui contrarient sa nature canine, autrement il continuerait d’agir comme un simple chien. Je lui ferais donc défense de ne plus faire telle chose et telle autre, etc. pour l’obliger à agir en homme qu’il est maintenant. Voilà pourquoi Dieu a défendu à nos premiers parents de manger tel fruit qui convenait parfaitement à leur simple nature afin de les obliger à ne pas agir comme du monde, mais comme des enfants de Dieu qu’ils étaient de fait. S’ils avaient obéi, ils auraient montré qu’ils préféraient Dieu à eux-mêmes et qu’ils estimaient leur nature divine plus que leur nature humaine. Dieu fait de même pour nous, excepté qu’au lieu d’une seule défense il nous en a fait plusieurs comme punition de la première désobéissance. 

2.- La gloire de Dieu. Comme la défense tombe sur quelque chose d’agréable à la nature humaine, pour l’observer il faut pratiquer ce que nous venons de dire sur le point précédent: préférer Dieu à soi-même et à notre propre nature. C’est donc donner à Dieu une grande gloire à l’occasion de ces défenses. 

3.- Le souverain domaine de Dieu, est un attribut essentiel au créateur et il tient à ce que ses créatures le reconnaissent. C’est une des raisons des défenses, mais ce n’est pas la seule comme tant de chrétiens le pensent. Ils croient que Dieu défend l’usage de certains plaisirs simplement pour montrer qu’il est le Maître comme ferait un tyran. On entend des gens dire: Qu’est-ce que cela peut faire à Dieu que de pauvres créatures prennent un plaisir qu’elles aiment? Cela ne lui enlève rien de son propre bonheur! On pourrait peut-être parler ainsi si Dieu n’avait pas d’autres raisons, mais il en a! 

4.- La folie de la croix ou le renoncement à soi-même en est une autre. Le plan de Dieu exige que nous semions toute notre activité naturelle intentionnelle afin de récolter une activité toute surnaturelle et mériter en plus le ciel. Or, sans défense, les hommes en général n’auraient pas le courage de faire des sacrifices, comme on le voit par un grand nombre qui n’en font pas même avec des défenses très sévères et avec de graves menaces de châtiments éternels. C’est donc notre transformation en êtres divins qui requiert ces défenses: Dieu veut simplement nous obliger à agir en enfants de Dieu que nous sommes et ses commandements négatifs sont pour nous aider à le faire. Une bonne preuve de nos affirmations que la défense ne constitue pas tous nos devoirs envers Dieu se montre par tous les inconvénients qui s’ensuivent quand on la prend comme règle unique de vie pratique comme tant de chrétiens le font avec l’approbation des prêtres en général, au moins en pratique. Le seul refrain qu’on entend de tous nos chrétiens comme des prêtres est ceci: c’est péché; ce n’est pas péché. Et les chrétiens vont à la limite du permis en toutes choses suivant l’exemple des prêtres. Montrons donc quelquesuns des inconvénients de prendre la défense comme seule règle de conduite pratique:



1.- Cette règle contient un sophisme. On dit avec vérité: si on évite tout péché, on sera sauvé. Mais c’est faux qu’il suffit de vouloir eviter le péché pour l’éviter de fait. Il faut prendre des moyens pour l’éviter. Or d’après l’Évangile et les Saints, il faut se renoncer dans les choses permises pour pouvoir le faire dans les choses défendues. Qu’on prenne tous les exemples de renoncement que Jésus requiert de ceux qui veulent le suivre au ciel et l’on verra que ce sont toutes des choses permises en soi et bonnes et pourtant Jésus les exige sous peine de damnation. On peut donc se faire prendre par cette règle de conduite. 2.- Elle a trop peu d’amour de Dieu. Nous n’avons qu’un coeur pour aimer Dieu et les créatures, par conséquent nous pouvons nous servir de l’amour humain pour illustrer l’amour divin. Or si quelqu’un se contentait de simplement ne pas blesser ou ne pas offenser le prochain, personne ne dirait qu’il l’aime. L’amour se montre surtout dans le bien qu’on fait aux autres.  

Qui dirait qu’un mari aime sa femme s’il s’en tient simplement à ne pas la tuer ou la blesser? Eh bien! le chrétien qui se contente simplement de ne pas vouloir offenser Dieu ne l’aime pas plus que ce mari n’aime sa femme. Or Dieu nous jugera selon notre façon humaine d’aimer avec notre coeur concret. Les prêtres philosophes sont bien moins exigeants pour l’amour de Dieu; avec leur habitude de tout juger essentiellement ils l’appliquent aussi à l’amour de Dieu. Alors du moment que les éléments essentiels sont là ils disent que l’amour est parfait, ce qui se vérifie pour tous ceux qui sont en état de grâce. «Essentiellement» ils ont un amour parfait de Dieu. Le P. Kirgoustin, dans son livre très beau: Vers un ciel plus beau, a cette malheureuse doctrine, donnée au public qui va en abuser énormément. «La charité de Dieu en nous est parfaite tant qu’on ne commet pas de péché mortel.» Vers… pg. 30. On voit par ce qui suit qu’il parle en philosophe, «essentiellement parlant». Combien peu vont remarquer ce qualificatif et se faire une fausse idée de l’amour de Dieu. Donnons un exemple de cette façon insensée de penser, de parler. Il n’y a que l’essentiel qui soit nécessaire à un être. Par exemple, le sang est absolument nécessaire à la vie humaine quoique non essentiel à la définition de l’homme. Un mari donne tant de coups de couteau à sa femme qu’elle est sans connaissance et sur le point d’expirer. Supposons que j’arrive et que je lui demande comment se porte sa femme, il me répond comme ces prêtres philosophes: «Mon Père, «essentiellement » sa santé est parfaite», car tous les éléments essentiels, son corps et son âme, sont encore là. Y a-t-il un homme assez fou pour parler de la sorte? Pourquoi faut-il que le nombre de ces fous soit légion parmi les prêtres? Que d’imbéciles disent que la charité de Dieu est parfaite en nous tant qu’elle n’est pas morte par le péché mortel! Un chrétien peut faire toutes sortes de familiarités avec une autre que sa femme, commettre tous les péchés véniels au monde et sa charité pour Dieu est parfaite! Faut-il être bête pour avoir de telles idées! Il n’y a que dans les choses spirituelles que les prêtres sont capables d’être aussi bêtes que cela! Dans la Semaine religieuse de Québec, du 13 mai 1943, le Chan. Labrecque expose que le seul renoncement exigé par Jésus pour le suivre est d’éviter le péché mortel. Il y a un mot «essentiellement» qui le sauve au point de vue strict des philosophes, mais Satan signerait cet article de ses deux griffes! Que de raisonnements plus ou moins faux pour en arriver là! Quelle responsabilité devant Dieu d’aller donner pareille doctrine en public! Jamais ces «essentiellement parlant» ne devraient sortir de la classe des professeurs philosophes! On voit la tendance des philosophes : c’est de n’admettre que l’obligation des choses essentielles à l’idée, et que l’on trouve dans sa définition essentielle. C’est absolument faux en pratique. Est-ce qu’il n’y a que le corps et l’âme qui soient nécessaires à la vie de l’homme? Il y a le sang, l’air, la nourriture, etc. Imagine-t-on des médecins occupés seulement à constater la présence du corps et de l’âme dans leurs malades? et leur disant qu’ils ont une santé parfaite tant que ces deux éléments essentiels sont ensemble? Or c’est exactement ce que font ces prêtres philosophes archi-insensés dans les choses de Dieu et du salut de l’âme. Voici une confirmation de notre appréciation de cette charité parfaite «essentiellement parlant» dans le Dict. Théo. cath. Perfection chré. Col. 242: «Ainsi donc ce mépris qui nous a fait opposer un refus formel à tout ce qui n’est pas strictement obligatoire, à toute inspiration, à tout appel à une perfection supérieure, ce mépris qui déclare équivalemment à Dieu; vous me commandez cela, vous l’aurez, parce que je ne puis faire autrement sous peine d’être damné, mais vous me conseillez aussi ceci, vous ne l’aurez pas parce que c’est bien assez de vous accorder ce que vous exigez sous peine de damnation; ce mépris contrarie directement la charité de Dieu, fait déchoir totalement de la charité de Dieu; il est la négation même de l’amour.» Voilà qui est parlé comme du monde!


C’est ici le temps d’attaquer ce fameux principe que les péchés véniels ne s’ajoutent pas pour faire un péché mortel. Cela n’est vrai qu’avec leur «essentiellement parlant», mais ce n’est pas vrai dans le concret de la vie: tous s’ajoutent d’une façon ou d’une autre pour conduire au péché mortel et c’est le concret de la vie qui sauve ou damne un homme. Un homme fait des familiarités; chacune peut bien n’être que vénielle, mais dans les deux animaux qui les font, chacune s’ajoute à la précédente pour exciter les passions à faire ce qui est mortel. Que de fois les démons vont servir à ces gens justement ces principes des philosophes en leur rappelant qu’un péché véniel ne s’ajoute pas à un autre formellement, mais ils ne remarqueront pas que matériellement chaque acte échauffe les passions pour commettre ce qui est mortel. Comment nos philosophes peuvent-ils ignorer que les habitudes se forment par la répétition des actes: donc psychologiquement il y a quelque chose dans chaque acte qui s’ajoute au suivant de même nature. Tout cela compte pour faire le péché mortel. St Thomas, 1-2, 88, a.3: «Mais en cette manière pourtant le péché véniel peut déjà disposer, suivant un certain enchaînement, à un péché qui soit mortel par le fait de l’agent: en effet si la disposition ou habitude s’est accrue par des actes répétés de péchés véniels, le plaisir de pécher peut croître dans une telle proportion que celui qui pèche mettra sa fin dans le péché véniel; car lorsque quelqu’un est véritablement dans une habitude toute sa fin consiste à agir suivant cette habitude, de sorte qu’en multipliant ainsi son péché véniel il se prépare au péché mortel… celui qui pèche en matière vénielle transgresse un ordre et par le fait même qu’il s’accoutume à ne pas soumettre dans les petites choses sa volonté à l’ordre auquel il doit se plier, il se prépare à ne pas la soumettre, non plus aux exigences de la fin dernière, en faisant choix d’une chose qui sera péché mortel.» 3.- Elle est impraticable dans le concret. Si en théorie et dans l’abstrait les limites entre le permis et le péché sont claires, dans le concret de la vie, elles sont fort embrouillées et bien difficiles à discerner comme nous allons le montrer. Entre permis et péché véniel, le passage de l’un à l’autre, s’il est connu parfois, comme lorsqu’on vole une pièce de dix sous, très souvent on l’ignore. Je veux manger le plus possible de chocolats, mais sans péché véniellement; qui peut m’arrêter juste au chocolat qui serait un abus? Personne au monde ne le sait! Quel prêtre connaît exactement la limite entre une restriction mentale et un mensonge? N’est-ce pas cette ignorance qui fait que tant de prêtres content de véritables mensonges? Où commence le péché véniel quand on manque au silence? à la charité en disputant quelqu’un? Qui connaît le passage entre la fierté et l’orgueil? entre une imperfection et le péché véniel? quand on se fâche? qu’on n’aime pas son prochain? etc… St Thomas, 1-11, 88, trad. fr. Append. 11. Il range parmi les péchés véniels des choses comme celles-ci: l’excès dans le manger, le bavardage inutile en conversation, le léger mensonge pour s’amuser ou pour se tirer d’affaire, des paroles flatteuses dites pour faire plaisir, la pure curiosité d’esprit, le divertissement, la promenade, le jeu! Qui peut dire exactement où commence le péché véniel dans de telles choses? Personne au monde! Je parle du passage exact du permis au défendu. 

Le passage entre le péché véniel et le péché mortel est encore plus embrouillé dans un grand nombre de cas. En théorie et dans l’abstrait il est facile de mettre des limites, mais nous parlons du concret où il est très difficile de le connaître. Chacune des trois conditions du péché mortel sont difficiles à préciser dans la pratique. Combien de connaissance faut-il? Écoutons Dict. Th. Cath. Péché, col. 1230: «L’advertance suffisante au péché mortel n’est point nécessairement la connaissance de la malice mortelle, connue précisément comme mortelle, ni non plus la connaissance de l’objet mauvais en soi; ni non plus une connaissance certaine ou probable, mais il suffit de se rendre compte d’une malice en général, ne discernant pas, qu’elle est seulement vénielle; que cette connaissance soit celle d’une telle malice en sa cause et que de cette malice ou de son péril il y ait doute, soupçon ou scrupule, pourvu qu’on n’ait point un jugement au moins probable en sens contraire.» Pesch, 11, p. 444: «Nam ad grave peccatum non requiritur ut aliquis cum certitudine sciat it quod facit esse grave peccatum, sed sufficit ut de hac re prudenter dubitat et dubitatione prius non deposita, agat.» Ce n’est donc pas tout à fait vrai ce qu’on dit couramment que pour faire un péché mortel il faut le savoir. Il suffit de se rendre compte d’une malice en général, comme lorsque quelqu’un commence des familiarités avec une autre personne, du moment qu’il s’aperçoit qu’il fait mal, s’il continue, il peut pécher mortellement, et il ne saura pas exactement à quelle familiarité il a consommé son péché mortel qui peut exister même avec un doute. Combien de gens bien instruits se confessent comme des enfants: «en autant que je suis coupable!» lls n’ont pas osé communier; c’est donc qu’ils craignaient avoir commis un péché mortel et ils ne le savent pas! 

St Thomas, Péché. Trad. fr. append. 11, p. 357, note: «il est évident qu’entre les deux extrêmes que nous venons de signaler, il y aura beaucoup d’intermédiaires où les moralistes les plus avisés et les plus judicieux auront parfois de la peine à discerner ce qui est véniel de ce qui est mortel, soit parce que l’objet lui-même a de subtiles nuances, soit parce qu’il n’est pas toujours facile de voir dans quelle mesure le sujet y est appliqué.» St Thomas en donne plusieurs exemples tous pris des péchés capitaux. La difficulté vient de ce que le désordre est dans le dérèglement des affections et des sentiments. Or qui peut peser ces sentiments et ces affections intérieures? Il faut donc beaucoup de finesse d’esprit dans le discernement du péché véniel. Et qu’on remarque bien que nous parlons seulement du discernement scientifique et par manière d’étude. Car lorsqu’il faut prendre conscience, dans la conduite de la vie, de ce qui est véniel et de ce qui est mortel, c’est encore une autre affaire.» Quant au consentement de la volonté, qui peut exactement le distinguer de l’attrait sensible? On peut dans certains cas, mais dans une foule d’autres, on ne le sait pas.  

Quelle grande ignorance en cette matière même chez les bonnes âmes instruites! Quant au passage exact entre la matière légère et la matière grave, pas un prêtre au monde n’est capable de l’indiquer. Un homme vole des pièces de dix sous, personne n’est capable de dire exactement à quel dix sous la matière devient grave. Un homme boit de la bière, à quel verre commence la matière grave; personne ne peut le dire. Qui la connaît dans la médisance contre le prochain? quand on retarde de payer une dette? qu’on néglige d’instruire ses enfants en religion? qu’on ne visite pas les pauvres? les malades?… Tous ceux qui font des distinctions nettes entre ces sortes de péché le font dans l’abstrait ou selon les idées. Ainsi on peut dire que la lumière est bien distincte des ténèbres, selon les idées; mais dans le concret qui peut mettre le doigt sur l’instant exact où finit le jour et commence la nuit? Il y a toutes les nuances du crépuscule entre les deux. Eh bien!  

L’âme aussi a son plein midi et sa nuit et entre ces deux états toutes les nuances imperceptibles que personne ne peut trancher. Le P. Lallemant a parfaitement raison de dire qu’on peut commettre un péché mortel sans s’en rendre compte et son commentateur, le P. Cavellera qui le corrige, est de travers avec les faits. Tous les prêtres devraient savoir qu’il y a deux connaissances dans le péché mortel: l’une que l’on va du mauvais côté, et celle-là, tous doivent l’avoir; et l’autre, celle de savoir le passage exact entre la matière légère et la matière grave, entre le consentement insuffisant et le consentement suffisant; or dans le concret et dans la plupart des cas, personne ne sait quand ces conditions sont remplies et pourtant elles peuvent l’être sans qu’on le sache. Donc, il est parfaitement vrai de dire qu’on peut être en état de péché mortel sans le savoir! Par conséquent les prêtres devraient jamais dire au peuple que pour faire un péché mortel il faut le savoir. Ce n’est pas vrai, car les fidèles abusent de cette parole des prêtres: ils disent en faisant toutes sortes de familiarités ou des choses défendues: comme je ne sais pas si c’est mortel, donc ce n’est que véniel et ils continuent de pécher… mortellement, sans le savoir. L’exemple du mauvais riche montre qu’on peut se damner sans savoir exactement à quel acte on a passé de la matière légère à la matière grave. Luc 16. Évidemment il a dû avoir l’advertance à un moment donné, qu’il ne faisait pas son devoir envers les pauvres. Tout ce que Jésus dit de lui est qu’il festoyait tous les jours et s’habillait de fin lin. Qui peut mettre le doigt sur le bon repas qui fit son péché mortel? sur quel habit? Ce n’est pas nécessaire non plus qu’il ait posé un acte positif de volonté pour dire, par exemple; je veux m’empiffrer toute ma vie! 

Ce riche est le modèle de la plupart des gens du monde et d’une foule de prêtres et de religieux qui l’imitent exactement dans sa vie, mangent et s’habillent comme des millionnaires. Du fond de l’enfer, quand Jésus fait parler Abraham, il ne lui reproche pas l’adultère, ni le vol, ni aucun péché mortel isolé. il lui dit: Toi, tu avais tout ce que tu voulais et Lazare n’avait rien; maintenant tu n’as rien et Lazare a tout!… Son péché est donc quelque part dans sa vie où il a joui uniquement des choses permises que tous les philosophes prêchent et pratiquent. Il s’est donc damné pour avoir imité la plupart des prêtres et des religieux. Comme eux il ne surveillait que le péché mortel dans un acte isolé… et il s’est fait prendre par un péché d’omission! Il n’a jamais semé de ses biens dans les mains de Lazare que Dieu avait mis à sa porte comme une terre à ensemencer. Il ne récolte donc rien au ciel. Son péché a donc été dans l’ensemble de sa vie… et tous ses péchés véniels se sont ajoutés matériellement et moralement pour faire son péché mortel qui le damne. Au dernier jugement quand les damnés demandent à Jésus quand ils lui ont refusé à manger, etc. il leur répond selon la doctrine que nous indiquons plus haut. Chaque fois que vous avez refusé de donner à manger au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez refusé. Donc leur péché mortel, qui les damne, a commencé dans chaque morceau de pain refusé, qui, pourtant, ne pouvait pas être mortel isolément. Ces beurrées se sont donc ajoutées pour faire une matière grave; et le riche ne pouvait pas savoir à laquelle commençait son péché mortel. on peut donc être en état de péché mortel sans le savoir! St Thomas, 1-11, q.71, a dit qu’il peut y avoir des péchés sans aucun acte de volonté, comme dans les péchés d’omissions… que les philosophes ignorent complètement en général. Comme ils sont habitués à ne considérer que les actes «in se», et dans l’omission, il n’y a pas d’acte positif de la volonté, quoiqu’il peut y en avoir si on veut. Beaucoup de chrétiens sont dans ce cas. Ils manquent à toutes sortes de devoirs sérieux envers Dieu sans voir de mal en aucun acte. Jésus dit que les épines dans la parabole du semeur sont les plaisirs qui étouffent la parole de Dieu. Or pas une de ces épines toute seule n’étouffe la parole, mais c’est leur ensemble. Donc il se peut que pas un plaisir pris seul ne soit mauvais, mais que l’ensemble absorbe tellement le coeur qu’il ne reste plus d’amour pour Dieu… et c’est le péché mortel qui n’apparaît pas isolément dans aucun acte… comme dans le cas du mauvais riche. 

Dict. thé. cath. Péché, col. 228: «Il serait important pour l’éducation des consciences qu’on ne s’en tînt pas à enseigner des catalogues fixes de péchés mortels, mais que l’on découvrît le rapport de ces actes avec la fin dernière qu’ils contrarient. Un acte n’est pas tenu pour péché mortel arbitrairement; il porte en lui cette opposition funeste avec le principe de la vie morale, auquel il faudrait que nous fussions par-dessus tout attachés. Pour les théologiens il leur appartient d’apprécier le rapport de tel acte humain avec la fin dernière et de déceler en lui s’il y a lieu, et par des voies peut-être complexes, cette opposition. Mais il semble qu’on leur puisse recommander en cette entreprise la sobriété. À partir d’un certain point du moins les déterminations sont difficiles et ne s’autorisent plus guère que de la quantité des opinions. On peut se demander dans quelle mesure cette poursuite audacieuse du mortel et du véniel, parmi l’infini détail des actions humaines, représente un progrès de la science morale. Et l’on songe à cette parole redoutable à la fois et apaisante de St Augustin: «Quae sunt levia, quae gravia peccata, non humano sed divino sunt pensanda judicio.» Ce n’est pas le jugement humain, mais le divin seul qui peut dire quels sont les péchés véniels et les péchés mortels. On voit dans quel pétrin se trouvent les prêtres philosophes avec ceux qui les suivent quand ils prennent pour règle de vie cette règle impraticable dans le concret et dans la plupart des cas. Il faut vouloir éviter tout péché, mais c’est un but à atteindre, ce n’est pas une bonne règle pratique puisque personne ne connaît les limites concrètes entre les péchés véniels et les péchés mortels. 4 - Elle est condamnée par Jésus. Dans le sermon sur la montagne Jésus dit que si notre justice n’est pas plus grande que celle des scribes et des pharisiens, nous n’entrerons pas dans le royaume des cieux. Puis il énumère ce qu’était cette justice: exactement celle de nos prêtres philosophes: éviter le péche mortel. C’est tout ce qui est, «essentiellement parlant», nécessaire. Il ne veut pas qu’ils évitent seulement le meurtre, l’adultère, la vengeance, etc., mais aussi tout ce qui y conduit et donc qui n’est pas mortel… mais avec la même menace de la damnation! «Quiconque se met en colère contre son frère, méritera d’être condamné par le jugement. Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l’adultère dans son coeur.» Tout ce sermon condamne la façon de penser de nos prêtres pharisiens, comme leurs ancêtres juifs. Nos chrétiens ont si bien pris cette doctrine condamnée par Jésus et donnée par nos prêtres, qu’ils ne se confessent plus en général des occasions de péché, mais uniquement du mortel. Dans les premiers siècles on avait cette mentalité de Jésus comme on le voit dans la Didaché, ch.3: «Mon enfant, fuis tout ce qui est mal, et tout ce qui ressemble au mal. Ne sois pas irascible, car la colère mène au meurtre; ne sois pas jaloux, ni querelleur, ni violent, car c’est de là que viennent les meurtres. Mon enfant, ne sois pas convoiteux, car la convoitise mène à la fornication; ne soit pas répandu en propos obscènes et en regards effrontés, car tout cela engendre les adultères. Mon enfant, ne sois pas menteur, car le mensonge mène au vol; pas avide d’argent ou de vaine gloire, car tout cela engendre les vols. Mon enfant, ne soit pas adonné aux murmures, car ils mènent aux blasphèmes.» Les Apôtres faisaient donc comme N-S.; ils attaquaient non seulement le mortel, mais tout ce qui y conduisait. Nos aveugles disent: c’est bien déjà quelque chose si on évite le péché mortel, c’est vrai, mais on n’y arrivera jamais à ne vouloir que cela. Il faut surtout attaquer les causes de ces maladies spirituelles qui ne sont pas des maladies, mais y conduisent. Jésus dit que notre victoire sur le monde est dans la foi, il faut donc aller dans le surnaturel pour trouver les forces d’éviter tout péché. Tous ceux donc qui n’évitent pas les péchés véniels et les motifs naturels qui y conduisent s’exposent au mortel. Jésus nous avertit clairement en disant que l’imbécile qui bâtit sa maison sur le sable la verra tomber dans les tempêtes. Or le sable n’est pas péché! Il est créé par Dieu comme les motifs naturels et toutes les bonnes choses permises. Mais ceux qui n’y renoncent pas souvent finiront par tomber dans le mortel. Tous ceux qui cherchent les limites entre véniel et mortel pour n’éviter que ce dernier n’ont pas assez d’amour de Dieu pour être sauvés, comme dit le passage du Dict. de théol. cath. cité plus haut! Personne ne dirait qu’on aime sa mère quand on fait une différence entre lui donner un bon coup de poing et un coup de révolver. Si donc on aime Dieu on ne fait plus de différence entre le véniel et le mortel. On ne dit pas qu’il n’y en a pas; on dit qu’on n’en fait pas et on n’en cherche pas! Ne prenons donc pas cette règle de nos pharisiens modernes que «strictement parlant» il suffit d’éviter le péché mortel pour étre sauvé. C’est vrai dans les idées, mais très dangereux dans le concret, comme nous venons de le montrer.



jeudi 18 décembre 2014

Père Onésime Lacouture - 1-18 - Le mépris du monde partie 2

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SEIZIÈME INSTRUCTION LE MÉPRIS DU MONDE.

DEUXIÈME PARTIE

Plan Remarque Les échantillons nécessaires.  (L’amour divin.  Les échantillons captivants: (La gloire de Dieu.  (Il annonce un examen… (La danse.  (Les sports.  Échantillons indifférents: (La mode.  (Le tabac.  (Renversent le plan de Dieu.  (Privent l’âme de l’exercice… Le tort fait par les attaches: (Empêchent l’âme d’être éclairée par Dieu.  (Les attaches ferment la bouche… 

Comme il est difficile de convaincre un amant que l’objet de son amour est vil et méprisable, c’est aussi difficile de convaincre les chrétiens qu’ils doivent mépriser les échantillons de Dieu sur la terre.  Leur amour naturel pour les choses créées leur fait trouver toutes sortes d’arguments spéciaux et de sophismes pour éviter les conclusions de la doctrine qu’ils pourraient accepter en théorie, mais qu’ils rejettent en pratique.

Pour cette raison il est bon de descendre dans le détail concret des différentes sortes d’échantillons pour savoir comment agir avec chacune d’elles.  C’est là surtout que les démons travaillent pour tromper les fidèles.  Divisons-les en quatre catégories: Les échantillons nécessaires, les indifférents, les captivants et les défendus.  Nous verrons ces derniers dans une instruction spéciale.  Ce n’est pas que la doctrine soit différente dans ces différentes sortes, mais les sophismes le sont souvent.  Ce n’est pas non plus que ces catégories soient bien tranchées, mais elles nous donnent une chance de mieux nous prémunir contre les sophismes des démons et du naturel.  les échantillons nécessaires.  On y comprend la nourriture, le vêtement, le logement et certaines récréations: toutes ces choses sont nécessaires à la vie normale du chrétien.  Le Pape Pie XI dit qu’il faut un certain bien-être pour pratiquer les vertus et la religion.  Il faut bien admettre cette nécessité en même temps que la nécessité du renoncement exigé par Jésus; comment concilier cela dans la pratique?   C’est le tourment de ceux qui veulent vraiment se renoncer et tout de même qui voient bien qu’il faut se nourrir et se vêtir convenablement.  Montrons que le raisonnement seul ne peut rien.  Voici qu’on se trouve devant une table bien garnie.  On se dit: voici une viande dont je pourrais me passer sans inconvénient… je la laisse passer.  Puis je puis raisonner de la même façon pour le deuxième plat et ainsi de suite.  Mais alors, ça n’a pas de bon sens; je vais me laisser mourir de faim.  Et la tentation vient de rejeter tout à fait ce renoncement embarrassant!

Ces raisonnements sur chaque plat ou sur chaque plaisir pris isolément ne sont pas pratiques.  Il faut que l’amour y entre aussi.  Voici comment le montrer par un exemple: Supposons un cultivateur ambitieux de s’enrichir.  Comment le deviendrat-il?   C’est en vendant et en semant le plus possible de ses produits.  D’un autre côté, il aime sa famille et ses animaux ont aussi besoin de manger pour travailler pour lui; il va donc garder une bonne partie de ses produits pour cette fin et il le fera sans compter chaque grain de blé.  Il y va rondement à cause de son amour pour eux.  Mais son amour de s’enrichir va surveiller ses dépenses afin qu’il n’y ait pas de gaspillage.

C’est quelque chose de ce genre que nous devons faire dans l’usage des choses utiles et nécessaires à notre vie.  Mettons d’abord tout notre amour en Dieu dans le ciel, soyons ambitieux pour être riches dans l’éternité, alors nous enverrons là par le renoncement le plus possible des plaisirs de la terre.  Mais comme c’est avec notre corps que nous gagnons notre vie, donnons-lui tout ce qui lui est nécessaire pour qu’il ait bonne santé afin de travailler pour rendre service à l’âme et l’aider dans son salut.

C’est donc notre amour pour Dieu qui peut seul régler le détail de notre renoncement.  Alors cet amour nous poussera le plus souvent possible à choisir l’avantage céleste au plaisir terrestre dans chaque discussion mentale qui se présente avec chaque plaisir.  Cet amour de Dieu empêchera les abus dans l’usage des plaisirs réputés utiles ou nécessaires.  Un mari qui est amouraché de sa femme n’a aucune difficulté à se régler dans les signes d’affection qu’il pourrait donner à une autre femme; ils seront très rares sûrement.  Tandis que celui qui n’aime pas son épouse va le plus possible vers d’autres femmes.  Ainsi ceux qui n’aiment pas Dieu prennent le plus possible tous les plaisirs qui se présentent.  Tandis que ceux qui aiment Dieu font comme St Paul leur conseille en 1 Cor.  7-29: «Voici donc mes frères ce que j’ai à vous dire: le temps est court, ainsi ceux qui ont des femmes il faut qu’ils soient comme s’ils n’en avaient pas, et ceux qui pleurent comme ne pleurant pas, ceux qui se réjouissent comme ne se réjouissant pas, ceux qui achètent comme ne possédant pas, enfin ceux qui usent de ce monde comme n’en usant pas; car la figure de ce monde passe.»  C’est donc l’amour de Dieu seul qui peut nous régler dans l’usage des choses utiles et nécessaires.  Cet amour nous fait mépriser tous ces échantillons même quand il faut les prendre.

LES ÉCHANTILLONS CAPTIVANTS

Ils méritent une mention spéciale parce que ce sont ceux-là que nous recherchons avec le plus de passion et que nous estimons le plus.  Ils peuvent nous rendre un grand service ou nous faire un tort immense.  Pour savoir comment agir avec eux, il sera bon de repasser trois aspects de l’intention divine en nous donnant cette sorte d’échantillons.  Un échantillon captivant nous annonce… 1.- de l’amour divin que Dieu veut nous donner.  Est-ce que la récolte que Dieu veut donner à un cultivateur n’est pas insinuée dans les grains de semence qu’il lui donne?  Si Dieu lui donne de l’avoine, c’est de l’avoine qu’il récoltera quand il la sèmera et ainsi pour tous les autres grains.  Si donc Dieu donne de l’amour naturel pour les échantillons, c’est qu’il donne là une semence d’amour divin; il faut semer de l’amour pour récolter de l’amour.  Qu’on pense à cette idée dès qu’on se sent pris d’amour pour une créature quelconque et qu’on se dise tout de suite: Dieu veut que je l’aime encore plus.  Il me donne là une chance de le préférer à quelque chose de beau et de bon.  Si un roi veut marier une princesse, il envoie un ambassadeur aussi parfait que possible afin de mieux donner une idée de sa propre perfection.  Plus l’ambassadeur est joli, riche et puissant et plus la princesse pourra dire: que doit être le roi si son représentant est si attrayant?  C’est justement ce que Dieu veut que nous disions quand il met sur notre chemin un échantillon captivant.  Il veut nous faire faire un acte d’amour de préférence pour lui-même.  Et comme le roi serait en colère si la princesse s’affectionnait à l’ambassadeur et le préférait au roi, de même Dieu est indigné si nous nous attachons à cet échantillon captivant pour laisser Dieu de côté.

Tous les chrétiens devraient connaître ce plan de Dieu en créant tant de choses captivantes pour notre nature humaine.  Au lieu de s’attacher à ces ambassadeurs du roi céleste comme la plupart font, ils devraient porter leur amour sur Dieu même et laisser partir l’échantillon comme on renverrait un ambassadeur dire au roi que c’est le roi que nous voulons pour faire alliance éternelle avec lui.  2.-La gloire de Dieu.  On estime une chose en proportion qu’on la paie cher.  Eh bien!  plus j’estime l’échantillon et plus j’estimerai Dieu, si je donne cet échantillon pour acheter Dieu.  Une fois le sacrifice fait, on pourra dire à Dieu: Vous me coûtez cher aujourd’hui; je n’aurais jamais fait ce sacrifice pour un autre.  Vous voyez comme je vous estime.  Voilà de la gloire pour Dieu!  C’est justement ce que Dieu a exigé d’Abraham quand il lui dit: «Prends Isaac, ton unique que tu aimes et va me l’immoler sur telle montagne.» Eh bien!  Abraham préféra Dieu à son Isaac qu’il aimait tant.  Il a donc donné une grande gloire à Dieu qui s’en montra fort content en lui disant: «Parce que tu as fait cela et que tu ne m’as pas refusé ton fils, je te bénirai dans ta prospérité en laquelle toutes les nations seront bénies.» Cet exemple illustre notre doctrine.  Dieu voulait donner une grande postérité spirituelle à Abraham, il lui demande le sacrifice de sa postérité naturelle.  Dans nos tentations pour des échantillons captivants pensons à ce fait que Dieu veut nous donner des jouissances incomparablement plus grandes que celles qu’on aurait avec cet échantillon et alors la passion même nous aidera à vouloir ces plus grandes jouissances.  Qu’on se dise: Si cette chose matérielle a tant d’attrait pour nous, combien plus je devrais vouloir les jouissances plus grandes que Dieu m’offre par le sacrifice qu’il me demande actuellement.  On se trouve à donner une grande gloire à Dieu en le préférant à ces échantillons.  3.- Il annonce un examen dans la même matière.  Dès qu’on éprouve une affection particulière pour une chose ou une personne, on peut être sûr que Dieu va demander un grand sacrifice dans la ligne de cet amour.  Comme lorsqu’un maître commence à enseigner une matière, les élèves savent bien qu’ils devront passer un examen en cette matière, ainsi lorsque Dieu commence à nous passionner pour une chose nous pouvons être sûrs qu’il va nous faire passer un examen sur cette chose aimée.  Son plan est que nous nous exercions graduellement par des petits sacrifices avant que la passion soit trop grande.  Tous ces petits sacrifices nous attirent autant de grâces qui nous aideront à vaincre la grande tentation qui s’en vient dans cette ligne, comme les leçons bien apprises chaque jour aident les élèves à bien passer leurs examens.  Ceux qui aiment les filles, par exemple, peuvent s’attendre à une occasion très favorable de se contenter et où Dieu leur défendra cette jouissance sous peine de péché mortel.  Leur seule chance de résister alors, est de résister maintenant à cette passion et de faire le plus de sacrifices possibles pour éviter de les rencontrer, même quand il n’y a aucun péché.  Évidemment c’est la même recette pour les filles qui aiment les garçons.

Avis donc aux prêtres qui choisissent leur ministère en fonction de leur amour.  Ceux qui ont de l’affection pour des femmes ne veulent que du ministère de femmes.  Que de bons motifs ils trouvent dans leur affection pour les femmes!  Ce sont elles qui forment les familles; qui donnent le ton de la spiritualité dans la paroisse; elles sont plus pieuses que les hommes et nous donnent un rendement de cent pour cent.  Ceux qui aiment les garçons n’ont de zèle que pour leur ministère des garçons.  De là la vogue pour les Scouts, les campements dans les bois, etc….  Comme on peut les sanctifier en les empiffrant de toutes sortes de bonnes choses et en les surveillant aux bains!  Que d’illusions dans cet apostolat fondé sur l’amour naturel de son groupe favori.  Les consolations sensibles de l’animal sont prises pour des consolations spirituelles, ce qui est absolument faux.  La preuve qu’il n’y a pas de foi là, c’est que ces prêtres refusent de faire du ministère avec le groupe qu’ils n’aiment pas naturellement.  Tout est donc uniquement dans la chair et pas du tout dans la foi où il n’y a ni chair, ni beaux mollets, ni beaux yeux bleus, ni beaux cheveux blonds, etc…!  Pour tous ces amoureux, l’examen qui peut décider de leur sort éternel s’en vient et peut-être plus vite qu’ils ne pensent.  Comment pourront-ils résister alors quand ils ne résistent pas à leur amour naturel maintenant?

Que chacun résiste donc tout de suite au début de sa passion pour la liqueur; il s’enivrera un jour et ce sera mortel.  Pour les cinémas; il ira même à de mauvaises vues et ce sera mortel.  Pour les plaisirs charnels même chez les gens mariés, un jour viendra qu’ils devront s’en passer et cela pourra durer bien longtemps.  Comment celui qui ne vit que pour cela pourra-t-il résister à une occasion favorable que le démon mettra sur son chemin avec la permission de Dieu?  Celui qui aime l’argent sera exposé à en voler un jour et il risquera son salut éternel.  Que de belles occasions de voler pour ceux qui travaillent pour le gouvernement, pour les grosses compagnies!  Comme beaucoup vendent leur âme pour de l’argent!  Ils ont une passion pour l’argent, le diable leur en fournit tant qu’ils veulent.  Que chacun donc surveille son affection pour les choses de la terre et qu’il fasse la guerre à tous ses motifs naturels qui alimentent cette affection naturelle.  Ce sont ces motifs naturels qui sont autant de grains de sable sur lesquels il bâtit sa maison; il peut être sûr que dans les grandes tentations il tombera dans le péché mortel.  échantillons indifférents Ce sont ceux qui sont bons en soi et dont la moralité vient surtout de l’intention et des autres circonstances.  Comme le champ d’opération d’un chrétien doit être uniquement des bonnes choses en soi, cette catégorie est importante pour nous tous.  La doctrine de leur usage est bien donnée par N.S.  dans le sermon sur la montagne.  Il montre que dans les bonnes oeuvres et donc dans l’usage des choses bonnes en soi, ce sont les motifs qui comptent surtout.  Il fait dépendre la récompense uniquement des motifs; si on les fait pour les hommes, Dieu ne donne rien; si on les fait pour Dieu, il nous récompense dans le ciel.  Ainsi un verre d’eau sera récompensé, pas parce que c’est une bonne chose en soi, mais à cause du motif.  Celui qui le donne pour l’amour de Dieu aura sa récompense dans le ciel.

L’erreur de la masse des prêtres du monde entier est de mettre la moralité surtout dans les actes en eux-mêmes au lieu de la mettre, comme J-C., dans les motifs ou dans les intentions.  Pour eux, dès qu’une chose n’est pas défendue en soi, ou mauvaise en soi, ils la permettent à tout le monde.  Ils ne s’occupent pratiquement pas des motifs dans l’usage des bonnes choses en soi.  Alors toutes leurs solutions sont fort boiteuses; ce sont celles qu’on pourrait donner sur le chemin des limbes dans l’ordre purement naturel.  Tandis que d’après N.S.  la séparation des mauvaises choses des bonnes ne règle pas du tout la moralité des bonnes au point de vue du mérite qui est le point essentiel pour tout chrétien.  J-C.  enseigne clairement que le mérite éternel de nos bonnes actions dépend du motif.  Un motif naturel ne donne rien au ciel; seul un motif surnaturel est récompensé au ciel.  Par conséquent, dans la pratique, pour tous les échantillons bons en soi ou indifférents, ce n’est pas du tout la bonté de l’acte qui règle la question du mérite, mais surtout l’intention ou les motifs.  Quand les fidèles demandent aux prêtres ce qu’il faut penser de tel plaisir, c’est tout simplement absurde de répondre par le refrain général du clergé du monde: ce n’est pas mal en soi.  Cela règle la moralité de l’acte au point de vue de l’ordre naturel, mais pas du tout dans l’ordre surnaturel où nous vivons.  Après qu’on a dit que l’acte est bon en soi, il faut absolument monter aux motifs pour savoir si on peut avoir du mérite éternel pour cet acte qu’on va poser.  Or comme on l’a dit, les champs d’opération des chrétiens doit être uniquement des actes bons en soi.  Or le mérite de ces actes leur vient surtout des motifs; donc les prêtres devraient constamment rappeler aux fidèles la question des motifs et leur bien enseigner que des motifs naturels ne donnent aucun mérite devant Dieu.  C’est alors que les prêtres verraient la nécessité pour eux d’étudier toute cette question des motifs, si peu connue par la majorité des prêtres.  Quand est-ce qu’on entend un prêtre dire aux fidèles que leurs motifs naturels ne leur donnent aucun mérite devant Dieu?  À peu près jamais.  C’est donc qu’ils les ignorent.  Que les prêtres imitent donc N.S.  en parlant des bonnes choses; il parle uniquement des motifs: si on les fait pour les hommes, que les hommes nous récompensent; si on les fait pour Dieu, c’est Dieu qui nous récompensera.  Il met donc notre choix entre deux bonnes choses en soi: nos motifs naturels et nos motifs surnaturels, tous les deux venant de Dieu, les premiers par nature, les seconds par grâce.  Voilà l’alternative proposée par Dieu dans son plan pour nous avoir au ciel.  Or Jésus dit que c’est cette question des motifs qui est le fondement de la solidité de notre maison spirituelle: ceux qui bâtissent sur le sable des motifs naturels tombent dans le péché et ceux qui bâtissent sur le roc des motifs surnaturels ne pécheront jamais.  Ce devrait être assez pour que les prêtres prennent cette façon d’agir en face des bonnes oeuvres ou des actions indifférentes.  Le remède au péché, selon Jésus dans ce sermon, n’est donc pas de décider si telle action est mauvaise en soi ou bonne; mais une fois que cette distinction est posée il reste toute la question des motifs qui contient le remède au péché ou la cause du péché et le mérite éternel.  Quand donc les prêtres du monde entier se contentent de faire la distinction entre mauvaise en soi et bonne en soi, ils n’ont absolument rien fait pour régler la question du mérite éternel de ces actions.  Est-ce surprenant que le monde aille si mal avec des solutions de païens?  des solutions d’ignorants du plan divin?

Comme on a la tête dure sur cette question des plaisirs permis il sera bon d’examiner quelques-uns des plus fréquents.  La danse.  Que de questions diverses à ce sujet!  Que de réponses différentes également!  Dans un diocèse on les défend sous peine de péché mortel; dans un autre sous peine de péché véniel; dans un autre on ne dit rien; ailleurs les prêtres ont des salles de danse pour amuser les fidèles; ailleurs des Évêques même encouragent la danse en personne, des Archevêques même ouvrent la danse en personne!  On a vu des Archevêques nommer des prêtres pour aller recruter des filles dans les couvents pour les amener danser avec les soldats!  Des prêtres et des religieuses organisent des danses pour préserver les jeunes du péché mortel!  Est-ce que ces divergences ne suffisent pas pour montrer que les prêtres sont de travers pour juger les plaisirs indifférents dans l’ordre surnaturel?  Voici les deux solutions que tout prêtre catholique et véritable théologien devrait donner aux fidèles au sujet de la danse.  D’abord on doit pousser les fidèles à les sacrifier afin de récolter les danses éternelles aux dépens de celles de la terre comme tout cultivateur fait pour récolter le grain qu’il aime le plus, il en sème le plus possible.  Nous ne parlons évidemment ici que des bonnes danses en soi.

Donc voici comment répondre à une fille qui demande à un prêtre ce qu’il pense de la danse.  D’abord qu’il félicite cette fille d’aimer la danse.  Elle sera renversée!  peut-être scandalisée!  Continuez: Est-ce que vous n’aimeriez pas à danser souvent?   longtemps?   toute votre vie?   C’est justement ce qu’elle veut.  Offrez-lui alors le plaisir de danser éternellement.  Elle va sûrement dire qu’elle le veut.  Eh bien!  alors, dites-lui que pour récolter des danses dans le ciel, il faut qu’elle en sème sur la terre et assez pour montrer clairement au bon Dieu qu’elle préfère les danses au ciel à celles de la terre, donc qu’elle doit en sacrifier plus qu’elle n’en prend.  Deuxième solution: elle est dans les motifs.  Si on danse, il faut sûrement le faire avec mérite éternel comme tout chrétien est tenu de travailler pour son ciel en toutes choses.  Donc il faut qu’il rejette ses motifs naturels et qu’il danse uniquement pour des motifs surnaturels, exactement comme il le ferait au ciel.  Voilà ce que tout prêtre devrait enseigner aux fidèles: danser le moins possible et si on danse par nécessité ou utilité, le faire uniquement pour des motifs surnaturels.  Voilà les seules solutions chrétiennes de la danse.  Elles s’appliquent aux sports…

Les sports.  Évidemment, mais c’est là aussi qu’il se glisse une foule de sophismes pour paganiser tous ces amusements; il est bon de s’y arrêter un peu.  Nos prêtres philosophes ne voient naturellement aucun mal à se livrer à la passion des sports puisqu’en soi ils sont bons.  Comme prêtres, ils sentent bien que cet argument ne vaut pas; alors ils en cherchent d’autres.  Ils prétendent que les sports protègent la jeunesse du péché.  C’est vrai pendant qu’ils jouent, mais après, c’est faux.  Ces gens auront de fortes tentations quand même et ce n’est pas vrai que ces jeux leur donnent du surnaturel pour mieux résister au mal.  Au contraire, si une chose insignifiante comme tout sport peut accaparer tout son coeur, que sera-ce quand les tentations de la chair l’assailliront?  Jésus dit que notre victoire sur le monde viendra de notre foi; jamais il n’a dit de notre entraînement dans les jeux.  Ce n’est pas vrai non plus que les nations plus adonnées aux sports sont plus pures que les autres, ni plus morales.  Quand est- ce qu’on voit ces «sports» affectionnés aux choses de Dieu?  Ils se donnent corps et âme aux choses de la terre comme ils le font aux sports.  Les Apôtres étaient mieux inspirés quand ils prêchaient l’abstention des amusements de toutes sortes comme on peut le voir par le témoignage des premiers Pères.  Mathetes dit que les païens tuaient les chrétiens parce que ceux-ci avaient abjuré tous les plaisirs; ils n’allaient plus aux bains publics, ni aux cirques, ni aux bals, etc.  Un autre écrit dans son Épître à Diognetus: «Les chrétiens sont dans le monde comme l’âme est dans le corps.  L’âme est répandue dans tous les membres du corps, les chrétiens le sont dans toutes les parties du monde.  L’âme demeure dans le corps, mais n’est pas du corps; ainsi les chrétiens vivent dans le monde, mais ne sont pas du monde.  L’âme est invisible comme la religion des chrétiens… La chair hait l’âme et lui fait la guerre, quelque innocente qu’elle soit, parce qu’elle l’empêche de se satisfaire.  Le monde hait les chrétiens quoique innocents, parce qu’ils méprisent les plaisirs du monde.  L’âme aime le corps qui la déteste et les chrétiens aiment ceux qui les haïssent.  L’âme demeure immortelle dans un corps mortel, de même les chrétiens vivent une vie incorruptible au milieu de la corruption du monde et attendent l’incorruptibilité du ciel.»

Comme le clergé est loin de cet esprit primitif des Apôtres.  La plupart des prêtres encouragent les fidèles dans tous les amusements comme de vrais païens.  Leur coeur en est plein puisqu’ils en parlent constamment en général.  Quant aux prêtres qui disent qu’ils ont besoin de délassements, on peut leur suggérer de bons délassements bien catholiques!  Au lieu de se promener des heures de temps sur le champ de golf, qu’ils aillent visiter les malades et les pauvres des environs, qu’ils aillent à la recherche de leurs païens qui ne viennent pas à l’église ni aux sacrements, qu’ils organisent des oeuvres pour subvenir aux besoins des pauvres, pour faire le catéchisme à ceux qui ne peuvent pas venir à l’église, etc.  Que les religieux demandent la permission aux curés de faire cela dans leurs paroisses, sans demander de l’argent pour leurs services et les curés leur donneront la permission avec plaisir.  On fait des jaloux quand on court les riches pour les bienfaits qu’on en retire, quand on va là pour s’empiffrer et soutirer de l’argent.  Mais quand on va vers les misérables et les pauvres, aucun curé ne sera froissé de ce travail apostolique.

La mode mérite une mention spéciale pour les idées fausses qu’on a à son sujet.  Là encore les prêtres qui ne l’attaquent que lorsqu’elle est indécente, sont de travers avec le plan divin.  Le mal de la mode n’est pas seulement dans l’indécence.  Il faut régler cette question uniquement selon les motifs.  Une femme doit s’habiller uniquement pour plaire à Dieu; quand elle le fait pour plaire au monde, elle insulte Dieu son Maître et son divin époux, à qui elle appartient corps et âme.  Il est évident que c’est la même doctrine que pour les bonnes oeuvres que Jésus donne dans le sermon sur la montagne; la récompense viendra selon les motifs, si on s’habille pour plaire aux hommes, qu’on n’attende pas de récompense de Dieu.  Si donc on veut une récompense de Dieu, il faut s’habiller uniquement pour plaire à Dieu.  En d’autres termes, le mal de la mode vient de ce qu’elle est un signe évident de notre amour pour le monde qui est le rival de Dieu dans notre coeur.  Que dirait un mari si sa femme allait chercher ses motifs de s’habiller chez un autre homme?  Il serait indigné parce que c’est un signe que sa femme aime cet autre homme.  Ce n’est pas l’habit en soi qui le choquerait, mais le motif de sa femme qui s’habille pour plaire à l’autre.  Voilà le mal de la mode: c’est un signe évident qu’on aime le monde plus que Dieu et cela est une abomination devant Dieu.  Évidemment une femme n’est pas obligée de s’habiller comme il y a des siècles.  Mais elle doit suivre la mode de loin, autant qu’elle le peut, tout en gardant les convenances.  Par exemple, que fait-on quand on se trouve près d’un ennemi?  on s’éloigne le plus possible même quand il faut rester dans la même salle ou le même endroit.  Eh bien!  le monde est l’ennemi de Dieu et le nôtre; on ne peut pas s’empêcher d’être avec lui, mais au moins suivons-le d’aussi loin que possible.  Il y a de bonnes chrétiennes qui évitent les exagérations de la mode et qui ne sont pas persécutées.  Les pires ennemis sont les femmes avec lesquelles on vit, les amies et les parentes.

Le signe qu’on est païen est quand on aime à suivre la mode de très près et même de l’exagérer.  Le signe d’une chrétienne c’est de faire tout le contraire autant que possible.  Par exemple, quand c’est la mode de n’avoir pas de manches, d’en porter quand même; puis ses robes sont toujours un peu plus longues que les écourtées païennes.  Quand les autres se mettent du rouge sur les lèvres elle n’en met pas et se fiche des critiques des païennes et préfère montrer son amour pour Dieu plutôt que pour le monde.  N’oublions pas que ce sont les démons qui règnent sur le monde naturel, comme le dit Jésus plusieurs fois.  Alors l’esprit du monde est issu des démons.  Or c’est sûrement l’esprit du monde qui fait la mode.  On a un bon exemple dans l’Écriture que les démons d’impureté aiment à déshabiller le monde.  En St Luc, 8-26, Jésus chasse deux mille démons d’impureté d’un seul homme qu’ils tenaient tout nu.  Ces démons demandent d’aller dans les pourceaux qui passaient là et Jésus le leur permet pour montrer qu’ils étaient des esprits immondes et impurs.  C’est alors que Jésus dit que ce démon d’impureté ne se chasse que par le jeûne et la prière.

Eh bien!  ce sont les mêmes démons qui président à la mode.  Les ennemis de l’Église veulent le perdre en corrompant le monde par la mode.  Leur jeu est évident; ils commencent par déshabiller les tout petits enfants, puis à mesure qu’ils grandissent, les gens s’habituent à ces demi-nudités, puis ce sont les petites filles avec des robes aux genoux, puis au-dessus des genoux, puis ce sont les grandes et enfin les femmes qui exhibent le plus de chair possible.  Ainsi avec les bas blancs d’abord puis de couleur de chair, puis pas du tout.  Quel dommage que les chrétiennes suivent ces démons d’impureté si loin dans l’indécence comme jusqu’aux «shorts».  C’est du paganisme tout pur et de l’animal sans raison.  Quelle diabolique invention que les dernières à la mode: les rayons de soleil seraient bons pour la santé….  et voilà qu’on s’expose aux rayons du soleil, à moitié vêtu, puis enfin tout nu par centaines et par milliers.  Et dire que des chrétiens se font prendre par des sophismes diaboliques de la sorte.  Il n’y a pas que les corps qui se noircissent là, les âmes encore bien plus et le règne des démons d’impureté augmente en proportion.  Deut.  22-5: «Une femme ne portera pas un habit d’homme et un homme ne mettra point un vêtement de femme car quiconque fait ces choses est en abomination devant Yahveh.» St Jean Chrysostome, 52ème hom.  sur St Jean, écrit: «Je veux parler de ces femmes qui mettent leurs bras nus sous les regards des personnes de l’autre sexe.  Que faites-vous là, femmes?   Vous vous produisez dans un état d’immodestie qui devrait vous faire rougir et cela en pleine place publique, vous membres du Christ, et en présence des hommes qui s’y trouvent!… et vous ne croiriez pas offenser Dieu?   Quelle démence!» Tous les chrétiens devraient faire une campagne contre toute

immodestie, dans les toilettes, dans les peintures, les statues et les annonces de toutes sortes.  À Montréal, je voyais depuis quelque temps un panneau-réclame très immodeste.  J’ai protesté auprès du Maire et le résultat fut qu’on l’enleva et qu’on sera plus sévère à l’avenir.  On me dit aussi que j’étais le premier prêtre à protester contre ces choses.  À Trois-Rivières un prêtre qui m’avait entendu raconter ce que j’avais fait fit la même chose là et avec le même succès, et là aussi on lui dit qu’il était le premier prêtre à protester.  Pourquoi les prêtres ne le font-ils pas plus souvent?  Ils sont donc responsables s’ils laissent passer ces immodesties sans protester.  Le tabac, comme l’opium, la morphine et les boissons enivrantes méritent un traitement spécial, à cause de la passion qu’ils créent comme par nature.  C’est inutile d’apporter des arguments naturels, comme la question de santé, de dépenses, de malpropreté; la passion résiste ordinairement à tous ces arguments de raison.  Il faut être bien simple pour faire une différence entre fumer et priser: c’est aussi animal de se mettre le tabac dans le nez que dans la bouche, ou encore de fumer la pipe, le cigare ou la cigarette.  Quelle bêtise!  Ce n’est pas la chose que Dieu regarde dans l’ordre surnaturel, mais le motif.

C’est curieux comme les prêtres sont indulgents pour les passionnés du tabac et sévères pour les passionnés d’autres choses.  Que diraient-ils si un autre prêtre mangeait du chocolat à la journée, comme ils fument à la journée?  s’il avait ses poches pleines de bonbons, qu’il en offre à tout le monde et qu’il en quête constamment comme les fumeurs font entre eux?  Il n’y a pas plus de sensualité là qu’à sucer son cigare ou sa cigarette à l’année!  C’est une attache détestable qui fait un tort immense à la vie spirituelle, comme nous allons le voir par tout ce que nous dirons contre les attaches en général.

LE TORT FAIT PAR LES ATTACHES

On a une attache quand on a comme une amitié particulière pour une personne ou pour une chose; qu’on y pense souvent, qu’on la recherche pour elle-même et pour la satisfaction qu’elle donne à la nature, quand on s’ennuie de ne pas l’avoir.  Ce sont des attaches qui nous fournissent nos motifs naturels et vice versa, ce sont nos motifs naturels qui alimentent nos attaches.  Elles font un tort immense à la vie spirituelle, comme les microbes au corps humain.  Arrêtonsnous un peu aux principaux torts qu’elles font à l’âme.  1.  Elles renversent le plan divin.  Dieu a créé les échantillons comme des moyens pour arriver à lui qui est notre fin dernière.  Or quand on a une attache, on met sa fin en l’échantillon en proportion qu’on l’aime pour lui-même.  C’est comme préférer le portrait à la personne, le catalogue au magasin, le reflet à la perfection divine.  Or si on est assez insensé pour faire cela sur un point, on le fera sur d’autres plaisirs à mesure qu’ils se présenteront à la nature.  Ces gens qui s’arrêtent à une attache montrent leur insouciance pour la fin et donc pour les choses de Dieu.  Comment peuvent-ils avoir un grand amour de Dieu quand ils aiment de ses échantillons pour eux-mêmes, quand ils sont supposés aimer Dieu.  Cet amour est enlevé à Dieu et ces gens vont contre le premier commandement.  Il est évident que Dieu va leur faire payer ce manque positif d’amour, car il est dit qu’on recevra la même mesure que nous donnons.  Comme la plupart des prêtres et des fidèles ont des attaches, on voit pourquoi ils ont si peu de goût des choses célestes.  Leur coeur est aux échantillons comme on peut le voir par leurs conversations, habituellement des choses de ce monde, et à peu près jamais des choses du ciel.

Un mari qui s’amourache d’une autre femme s’ennuie avec la sienne.  Il recherche l’autre le plus possible.  Comme nous n’avons qu’un coeur pour aimer Dieu et les créatures, on agit envers Dieu comme envers les créatures.  Alors, les fidèles et les prêtres qui s’amourachent d’un échantillon de Dieu, s’ennuient avec Dieu!… 2.-Privent l’âme de l’exercice nécessaire pour résister aux grandes tentations.

Jésus dit que notre victoire sur le monde viendra de notre foi.  Or pour monter dans la foi, il faut rejeter le naturel où nous vivons par nature, et comme nous l’avons dit, le surnaturel est la récolte du sacrifice du naturel.  Selon le plan divin, Dieu nous présente un bien attrayant et agréable pour nous donner une chance de le semer afin de récolter un bien surnaturel correspondant.  Jamais il ne donne du divin sans demander le sacrifice de l’humain d’une façon ou d’une autre.  L’âme se nourrit donc de surnaturel aux dépens du naturel.  C’est ce surnaturel accumulé au jour le jour par les sacrifices des plaisirs naturels qui fera la force de l’âme pour résister aux démons, dans les grandes tentations de la vie qui viennent sûrement tôt ou tard.  Or celui qui s’attache à ces plaisirs fait tout le contraire; il fortifie son païen, qui se contentera aussi facilement dans les grandes tentations que dans ces petits plaisirs de chaque jour que le monde offre constamment à tous les hommes.  Les démons vont essayer de lui préparer une attache après l’autre et, finalement, le pauvre homme est tellement pris, que les démons en font ce qu’ils veulent.  L’araignée est un bon échantillon du diable dans les tentations pour perdre les âmes.  Elle étend sa toile inoffensive en soi, mais malheur à la mouche qui vient s’y coller.  L’araignée lui passe un fil sur le dos, puis un autre et un autre et finalement la mouche ne peut plus se dégager et l’araignée la tue.

Eh bien!  le diable étend ses filets et ses pièges comme dit St Ignace dans les deux étendards, par les plaisirs terrestres.  Voici une attache à la cigarette… oh, ce n’est pas grand-chose, un fil de rien!  Mais on les multiplie et la passion se fortifie dans le païen.  Puis ce sera une autre attache, par exemple, les vues animées, puis les joutes de toutes sortes, etc.  Finalement cet homme est si bien pris qu’il ne peut plus sortir de ces filets et le surnaturel meurt graduellement en lui, faute d’être alimenté comme toute vie doit l’être.  Comme les athlètes s’exercent longtemps même avec des amis afin de pouvoir vaincre leur adversaire qu’ils doivent bientôt rencontrer, de même un chrétien doit s’exercer non seulement dans les choses défendues, mais même dans les choses permises qui sont encore plus nombreuses.  Eh bien!  Dieu a mis une foule de choses agréables pour lesquelles on se crée vite une véritable passion, comme par exemple le tabac.  Que de belles occasions de mériter un accroissement de surnaturel en refusant de fumer, si répandu parmi nous.  Voici encore un exemple.  Une fille de campagne se met à envier le sort des filles de ville qu’elle voit en leurs beaux atours.  Si elle se met à en vouloir de semblables, le démon va la pousser tellement qu’elle finira par venir en ville pour gagner de l’argent afin de s’acheter de belles toilettes.  Combien de ces pauvres filles qui ont trouvé même bien plus vite qu’elles ne pensaient ce qu’elles voulaient!  En demandant une position à tel riche commerçant ou homme de profession, il va lui offrir tout de suite justement ce qu’elle a tant voulu: des toilettes, une auto même… et un logis tout pour rien… à condition qu’elle se livre à lui pour une vie de péché. 

Combien d’hommes sont tellement attachés à la richesse qu’ils sont capables de livrer leur âme au démon pour faire de l’argent à tout prix!  Ils n’ont qu’à se prêter à toutes sortes d’opérations plus ou moins louches dans le commerce, dans l’administration d’une ville, d’une grosse compagnie riche ou du gouvernement.  Leur attache pour l’argent leur ferme les yeux sur les exigences de la loi morale et sur les protestations de la conscience.

Tous ceux qui tombent dans le péché mortel tôt ou tard dans la vie sont des gens qui ont cultivé des attaches même pour les choses permises comme de fumer, de priser, de se passionner pour les sports, etc.  En toutes ces choses ils ont nourri leur animal au lieu de nourrir leur âme.  Tous ces petits plaisirs sont autant de grains de sable dans les fondations de la vie spirituelle et, dans les tentations, l’âme tombe dans le péché mortel.  Que de femmes éprises de vanités de toutes sortes, comme de beaux ameublements, de beaux tapis et de belles toilettes, s’y donnent tellement qu’elles ne veulent pas avoir d’enfants qui gâteraient leur vie de païennes et elles vivent dans le péché mortel durant des années.  3.- Elles empêchent l’âme d’être éclairée par Dieu.  On fait des confidences à une personne en proportion qu’on l’aime et qu’on se sent aimé.  Eh bien!  quand Dieu voit qu’on a une affection particulière pour une de ses rivales, une créature, il ne fait pas de confidence à cette âme.  Son coeur est aux choses de la terre, Dieu garde ses lumières sur les choses du ciel.  Quand une épouse remarque que son mari a une affection pour une autre femme, elle lui ferme son coeur; Dieu fait de même pour ceux qui ont des attaches.  Voyons ce qu’un grand Docteur de l’Église dit à ce sujet:

St Jean de la Croix,Viv.  flam.  st.  3-17, écrit: «Mais l’âme était encore aveugle lorsqu’elle prenait plaisir à quelque chose en dehors de Dieu, car l’aveuglement du sens raisonnable et supérieur, c’est la tendance qui comme une cataracte ou un nuage vient s’interposer et voiler l’oeil de la raison et l’empêcher de voir les objets qui sont devant lui.  Aussi quand sa tendance se propose de trouver quelque satisfaction dans un objet sensible, elle est aveugle, elle ne peut contempler les grandeurs, les richesses et les beautés de Dieu qui sont voilées à son regard.  Mettez dans l’oeil un grain de poussière même très petit, il suffit pour empêcher de voir des objets si grands qu’ils soient; de même une légère attache ou un acte inutile suffisent pour empêcher l’âme de voir toutes les grandeurs divines.  L’âme ne peut les contempler qu’une fois qu’elle a rompu avec toutes les consolations sensibles et les attaches personnelles.  Oh, qui pourrait exprimer ici combien il est impossible à l’âme de pouvoir avec de telles attaches juger des choses de Dieu comme elles sont!  Car pour cela il faut qu’elle ait complètement banni tous ses goûts et toutes ses tendances, sans quoi, elle arriverait infailliblement à regarder les choses de Dieu comme ne venant pas de lui et celles qui ne sont pas de Dieu comme venant de lui.  Dès lors, en effet, que le nuage de la tendance de l’âme est sur l’oeil de son jugement, elle ne voit que le nuage, qui est tantôt d’une couleur, tantôt d’une autre, selon les circonstances, elle s’imagine que le nuage c’est Dieu, parce qu’elle ne voit, je le répète, que le nuage qui est sur le sens et Dieu n’est pas accessible aux sens.  Voilà comment les tendances et le goût des choses sensibles empêchent la connaissance des vérités les plus sublimes.  C’est ce que le Sage veut nous faire comprendre quand il nous dit, 4-12, que l’enchantement de la vanité obscurcit les biens et l’inconstance de la concupiscence pervertit un esprit sans malice, c’est-à-dire un jugement droit.

Voilà pourquoi ceux qui ne sont pas encore assez spirituels parce qu’ils ne sont pas encore assez purifiés de ces tendances et de ces goûts, et qu’il y a encore en eux quelque chose de l’homme animal, s’imaginent que les choses les plus viles et les plus basses de l’esprit ou celles qui se rapprochent le plus des sens selon lesquels ils vivent encore, sont très importantes; au contraire, celles qui sont les plus précieuses et les plus élevées pour l’esprit ou qui s’éloignent davantage des sens, ils les estimeront peu et en feront peu de cas; ils les regarderont même parfois comme des folies.  C’est bien là ce que dit St Paul: «L’homme animal ne perçoit pas les choses de Dieu, elles sont une folie pour lui et il ne veut les comprendre.  1 Cor.  2-14.  Par homme animal on désigne ici celui qui vit conformément à ses tendances et à ses goûts naturels…» Ce dernier paragraphe condamne tous les prêtres en général, qui créent toutes sortes d’organisations extérieures pour favoriser la religion de leurs fidèles.  Pour les donner à Dieu qui n’est pas de ce monde ils les affectionnent à ce monde.  Quel aveuglement!  Aussi, on voit que moins un prêtre a de foi et plus il est aux choses du monde et à ses organisations de bingos, de râfles, d’amusements, de soirées, de parties de cartes, etc.

Comment ces païens d’un travers à l’autre pourraient-ils prêcher l’Évangile du mépris du monde et de la folie de la croix?  Jamais ils n’en diront un mot et pourtant St Paul dit que là est la force et la sagesse de Dieu, qui donne le goût des choses du ciel.  Aussi comme ils détestent monter en chaire!  lls suppriment le plus possible la prédication, abrègent les sermons qu’ils sentent bien plats et vont jusqu’à supprimer toute prédication durant les mois d’été sous prétexte qu’il fait trop chaud et ils iront passer des heures en plein soleil pour voir des parties.  C’est du paganisme tout pur!  St Paul loue la virginité pour que le coeur soit tout aux choses de Dieu.  Mais à quoi bon avoir fait ce voeu, comme les prêtres et les religieux, s’ils se livrent corps et âme aux choses de la terre?  Si leur coeur est tout aux amusements comme le coeur des païens?  La preuve qu’il est là est dans ce fait que ces prêtres ne parlent que de bagatelles et de vanités du monde comme n’importe quel païen et qu’ils ont même horreur de parler des choses de Dieu.  Si on veut embêter un prêtre ou un religieux qu’on le lance dans les choses spirituelles.  On va se faire fermer vite ou il s’en va!  Finissons par un texte.  Imitation L.  III, ch.  53: «Ma grâce ne souffre pas de mélange de choses étrangères ni des consolations terrestres…comptez pour rien le monde entier et occupez-vous de Dieu plutôt que des oeuvres extérieures… car votre coeur ne peut être à moi et se plaire en même temps à ce qui passe.» 4.- Les attaches ferment la bouche aux prêtres et aux parents sur la principale idée du plan divin: le surnaturel est la récolte du naturel sacrifié.  Car celui qui a une attache se justifie en se disant: il n’y a pas de mal à prendre ce plaisir.  Il est donc obligé de laisser les autres en faire autant.  Naturellement il aiguillera ses attaques contre les péchés seulement.  Il ne peut plus donner tout le plan divin qui exige le sacrifice des choses permises comme des autres.  lls ne seront pas pratiques non plus dans leurs attaques contre les péchés; jamais ils ne pourront parler contre les causes des péchés qui sont justement ces attaches aux plaisirs encore permis, mais qui conduisent ordinairement aux péchés.  Que dirions-nous de médecins qui soigneraient seulement les maladies, mais qui seraient trop insensés pour faire disparaître les causes des maladies quand ils le peuvent?  C’est justement le cas de tous ces prêtres qui ont des attaches; jamais ils ne pourront indiquer aux fidèles les causes des maladies morales, les péchés, qui sont les attaches, puisqu’ils en ont eux-mêmes.